Après la guerre, des milliers de criminels nazis ont trouvé refuge en Amérique du Nord, en Amérique du Sud ou au Proche-Orient, empruntant les
En 1975, Lazar ne devait plus se faire trop d’illusions sur la justice des Alliés. Le soleil rouge qu’il évoque dans sa dernière carte est-il celui de la vengeance ? Elle a du mal à l’imaginer dans la peau d’un justicier. Vers qui aurait-il pu se tourner ?
Elle va marcher dans le parc, allume une cigarette. C’est à peine si elle perçoit les premières senteurs du printemps, les chants d’oiseaux. Concentrée, elle revisite l’itinéraire de Lazar après son évasion. La forêt, l’arrestation, Buchenwald, l’hôpital, le camp DP de Linz. Son regard s’éclaire.
Elle appelle le centre Simon Wiesenthal à Los Angeles et demande s’ils ont un dossier au nom de Lazar Engelmann ou de Matias Bárta. Si le rescapé a rencontré Wiesenthal à Linz, il est plausible qu’il ait pensé à lui trente ans plus tard, en croisant le chemin de Kelev, le Chien vicieux de Treblinka.
Sur la messagerie de son portable, la voix hésite : « Bonjour… C’est Elvire Torres à l’appareil. J’ai reçu la lettre que vous m’avez envoyée et je… J’aimerais vous parler. Rappelez-moi quand vous pourrez, plutôt le soir. Merci. »
Elle lui téléphone à la tombée de la nuit. Au début elle l’entend mal, à cause du tonnerre et du crépitement de la pluie sur les dalles de la terrasse. Les orages de printemps transforment son bout de jardin en rizière. « Six mois d’hiver et maintenant, la pluie », grimace Charlotte Rousseau chaque matin en repliant son parapluie ruisselant.
— Je n’ai pas compris comment cette lettre était en votre possession, lui dit Elvire au bout du fil.
— Votre mère l’a envoyée à Yad Vashem qui nous l’a transmise à la fin des années soixante-dix. Si je n’avais pas fait une recherche sur Lazar Engelmann, on ne l’aurait peut-être jamais ouverte.
— Est-ce indiscret de vous demander pourquoi vous enquêtez sur lui ?
— Je suis chargée de restituer des objets dont le centre d’archives a hérité. L’un d’eux appartenait à votre père.
— Excusez-moi, l’interrompt Elvire, j’ai du mal avec ce mot. Vous savez, c’est un choc… que la vérité arrive maintenant, comme ça… Ma mère n’a jamais voulu me dire qui c’était. Je me doutais que c’était un survivant des camps. Je crois que je l’ai toujours su.
Un silence.
— Cette lettre, ce n’est pas seulement lui, vous comprenez. C’est elle. Tout ce qu’elle m’a caché.
— Bien sûr.
— … Vous croyez qu’on pourrait se rencontrer ? demande Elvire après un silence. Si j’ai bien compris, vous vivez en Allemagne ? En ce moment je croule sous le travail, c’est compliqué de faire le voyage…
— Je peux me déplacer à Paris, répond Irène.
Après la conversation, elle est trop excitée pour dormir. Elle rassemble ses notes sur Lazar, les photocopies des documents de l’ITS, les cartes postales. Les étale sur son bureau comme les pièces d’un puzzle. Elle s’impatiente, ça ne lui suffit pas. Elle descend, remet une bûche dans la cheminée, cherche les DVD de