Puis le cortège se dirigea vers Tyburn. Arrivé aux Common Gallows, le condamné fut délié et rapidement confessé. Une dernière fois Mortimer domina la foule, du haut de l’échafaud. Il souffrit peu, car la corde du bourreau, en le soulevant brusquement, lui rompit les vertèbres.

La reine Isabelle se trouvait ce jour-là à Windsor où elle se remettait lentement d’avoir perdu, en même temps que son amant, l’enfant qu’elle attendait de lui.

Le roi Édouard fit savoir à sa mère qu’il viendrait passer avec elle les fêtes de Noël.

<p><strong>IV</strong></p><p><strong>UN MAUVAIS JOUR</strong></p>

Par les fenêtres de la maison Bonnefille, Béatrice d’Hirson regardait la pluie tomber dans la rue Mauconseil. Depuis plusieurs heures elle attendait Robert d’Artois qui lui avait promis de la rejoindre, cet après-midi-là. Mais Robert ne tenait aucunement ses promesses, les petites pas plus que les grandes, et Béatrice se jugeait bien stupide de le croire encore.

Pour une femme qui attend, un homme a tous les torts. Robert ne lui avait-il pas promis aussi, et depuis près d’un an, qu’elle serait dame de parage en son hôtel ? Au fond, il n’était pas différent de sa tante ; tous les Artois se ressemblaient. Des ingrats ! On se crevait à faire leurs volontés ; on courait les herbières et les jeteurs de sorts ; on tuait pour servir leurs intérêts ; on risquait la potence ou le bûcher… car ce n’eût pas été Monseigneur Robert qu’on eût arrêté si l’on avait pris Béatrice à verser l’arsenic dans la tisane de Madame Mahaut, ou le sel de mercure dans le hanap de Jeanne la Veuve. « Cette femme, aurait-il dit, je ne la connais pas ! Elle prétend avoir agi sur mon ordre ? Menteries. Elle était de la maison de ma tante, pas de la mienne. Elle invente fables pour se sauver. Faites-la donc rouer. » Entre la parole d’un prince de France, beau-frère du roi, et celle d’une quelconque nièce d’évêque, dont la famille n’était même plus en faveur, qui dont aurait hésité ?

« Et j’ai fait tout cela pour quoi ? pensait Béatrice. Pour attendre ; pour attendre, esseulée en ma maison, que Monseigneur Robert daigne une fois la semaine me visiter ! Il avait dit qu’il viendrait après Vêpres ; voici le Salut sonné. Il a dû encore ripailler, traiter trois barons à dîner, parler de ses grands exploits, des affaires du royaume, de son procès, flatter de la main le rein de toutes les chambrières. Même la Divion mange à sa table, à présent, je le sais ! Et moi je suis ici à regarder la pluie. Et il arrivera à la nuitée, lourd, rotant beaucoup et les joues enflammées ; il me dira trois fadaises, s’écroulera sur le lit pour y dormir une heure, et repartira. Si même il vient… »

Béatrice s’ennuyait, plus encore qu’à Conflans dans les derniers mois de Mahaut. Ses amours avec Robert s’enlisaient. Elle avait cru piéger le géant, mais c’était lui qui avait gagné. La passion contrariée, humiliée, se changeait en sourde rancune. Attendre, toujours attendre ! Et ne pas même pouvoir sortir, courir les tavernes avec quelque amie à la recherche de l’aventure, parce que Robert pourrait justement survenir dans ce moment-là. En plus, il la faisait surveiller !

Elle comprenait bien que Robert se détachait d’elle et ne la voyait plus que par obligation, comme une complice qu’il faut ménager. Deux semaines entières se passaient parfois sans qu’il lui témoignât de désir.

« Tu ne gagneras pas toujours, Monseigneur Robert ! » disait-elle tout bas. Elle commençait secrètement de le haïr, faute de le posséder assez.

Elle avait essayé les meilleures recettes de philtres d’amour : Tirez de votre sang, un vendredi de printemps ; mettez-le sécher au four dans un petit pot, avec deux couillons de lièvre et un foie de colombe ; réduisez le tout en poudre fine et faites-en avaler à la personne sur qui vous avez dessein ; et si l’effet ne se sent pas à la première fois, réitérez jusqu’à trois fois.

Ou bien encore : Vous irez un vendredi matin, avant soleil levé, dans un verger fruitier et cueillerez sur un arbre la plus belle pomme que vous pourrez ; puis vous écrirez avec votre sang, sur un petit morceau de papier blanc, votre nom et surnom, et, en une autre ligne suivante, le nom et le surnom de la personne dont vous voulez être aimé ; et vous tâcherez d’avoir trois de ses cheveux, que vous joindrez, avec trois des vôtres, qui vous serviront à lier le petit billet que vous aurez écrit de votre sang ; puis vous fendrez la pomme en deux, vous en ôterez les pépins, et, en leur place, vous mettrez le billet lié des cheveux ; et avec deux petites brochettes pointues de branche de myrte verte, vous rejoindrez proprement les deux moitiés de pomme et la ferez ainsi sécher au four en sorte qu’elle devienne dure et sans humidité, comme des pommes sèches de carême ; vous l’envelopperez ensuite dans des feuilles de laurier et de myrte et tâcherez de la mettre sous le chevet du lit où couche la personne, aimée, sans qu’elle s’en aperçoive ; et en peu de temps elle vous donnera des marques de son amour.

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