La porte s’ouvrit, et des sergents d’armes apparurent qui s’écartèrent pour laisser passer le frère du défunt comte de Kent, le comte de Norfolk, maréchal d’Angleterre, suivi du Lord-maire et des shérifs de Londres, ainsi que de plusieurs délégués des Lords et des Communes. Tout ce monde ne pouvait tenir dans la cellule, et les têtes se pressaient dans l’étroit couloir.
— My Lord, dit le comte de Norfolk, je viens d’ordre du roi vous donner la lecture du jugement rendu à votre endroit, l’autre avant-hier, par le Parlement assemblé.
Les assistants furent surpris de voir, à cette annonce, Mortimer sourire. Un sourire calme, méprisant, qui ne s’adressait pas à eux mais à lui-même. Le jugement était déjà rendu depuis deux jours sans comparution, sans interrogatoire, sans défense… alors que l’instant d’avant il s’inquiétait de la figure à prendre devant ses accusateurs. Vain souci ! On lui infligeait une ultime leçon ; il aurait pu aussi bien se dispenser naguère, pour les Despensers, pour le comte d’Arundel, pour le comte de Kent, d’aucune formalité judiciaire.
Le coroner de la cour avait commencé de lire le jugement.
— Vu que fut ordonné par le Parlement séant à Londres, immédiatement après le couronnement de notre seigneur le roi, que le conseil du roi comprendrait cinq évêques, deux comtes et cinq barons, et que rien ne pourrait être décidé hors de leur présence, et que ledit Roger Mortimer, sans égard à la volonté du Parlement, s’appropria le gouvernement et l’administration du royaume, déplaçant et plaçant à sa guise les officiers de la maison du roi et de l’ensemble du royaume pour y introduire ses propres amis selon son bon plaisir…[18]
Debout, adossé au mur et la main posée sur un barreau du soupirail, Roger Mortimer regardait le Green et paraissait à peine intéressé par la lecture.
— … Vu que le père de notre roi ayant été conduit au château de Kenilworth, par ordonnance des pairs du royaume, pour y demeurer et y être traité selon sa dignité de grand prince, ledit Roger ordonna de lui refuser tout ce qu’il demanderait et le fit transférer au château de Berkeley où finalement, par ordre dudit Roger, il fut traîtreusement et ignominieusement assassiné…
— Va-t’en, mauvais oiseau, cria Mortimer, à l’étonnement des assistants, parce que le corbeau sournois venait de lui décharger un grand coup de bec sur le dos de la main.
— … Vu que, bien qu’il fût interdit par ordonnance du roi, scellée du grand sceau, de pénétrer en armes dans la salle de délibération du Parlement séant à Salisbury, ceci sous peine de forfaiture, ledit Roger et sa suite armée n’en pénétrèrent pas moins, violant ainsi l’ordonnance royale…
La liste des griefs s’allongeait, interminable. On reprochait à Mortimer l’expédition militaire contre le comte de Lancastre ; les espions placés auprès du jeune souverain et qui avaient contraint celui-ci de se «
Mortimer, les yeux au plafond et se caressant la barbe, souriait à nouveau ; c’était toute son histoire qu’on lisait et qui, sous cette forme étrange, allait entrer à jamais dans les archives du royaume.