— Moi, je m'en fous pas, dis-je. S'ils ne t'ont pas prise, c'est que c'est un concours de nuls. Ils ne te méritent pas ! Ne te laisse pas abattre ! Fonce ! Enregistre une autre démo !
Après avoir raccroché, je rassemblai les économies que j'avais, les mis dans une enveloppe et les lui envoyai pour qu'elle puisse enregistrer une maquette professionnelle.
Quelques jours plus tard, je reçus un avis de retrait d'un envoi postal. Ma mère, inquiète, m'interrogea longuement pour savoir si j'avais acheté des vidéos pornographiques.
— Non, Maman.
— Promets-le moi.
— Je te le promets. Si c'était le cas, je les aurais fait envoyer ailleurs.
— Où ça ?
— Maman, c'était une plaisanterie. Je n'ai pas commandé de vidéos pornographiques.
— Alors, qu'est-ce que c'est ?
— Je ne sais pas.
Malgré mes protestations, elle tint à m'accompagner au bureau de poste pour aller chercher l'envoi et se tint derrière moi au guichet.
— D'où vient l'envoi ? demanda-t-elle à l'employé de poste.
— Baltimore, répondit-il en me remettant une enveloppe.
— Est-ce que tu attends quelque chose de tes cousins ? demanda ma mère.
— Non, Maman.
Elle me somma d'ouvrir et je finis par lui dire :
— Maman, je crois que c'est personnel.
La terreur de la pornographie passée, son visage s'éclaira.
— Tu as une petite amie à Baltimore ?
Je la regardai sans répondre et elle me fit la grâce d'aller attendre dans la voiture. Je m'isolai dans un coin du bureau de poste et décachetai l'enveloppe avec précaution.
Je relus la lettre dix fois. Je la serrai contre mon cceur. Je dansai sur le sol en béton du bureau de poste. Alexandra m'avait écrit. À moi. Je sentais mon ventre serré par l'émotion. Je rejoignis ma mère dans la voiture et je ne dis pas un mot de tout le trajet. Puis, alors que nous arrivions dans notre allée, je lui dis :
— Je suis content de ne pas avoir la mucoviscidose, Maman.
— Tant mieux, mon chéri. Tant mieux.
Ce 26 mars 2012, jour de la parution du journal, je restai enfermé chez moi.
Mon téléphone sonnait sans arrêt. Je ne répondais plus. C'était inutile : tout le monde voulait savoir si c'était vrai. Est-ce que j'étais en couple avec Alexandra Neville ?
Je savais qu'il n'allait pas falloir longtemps pour que des paparazzis s'installent devant ma porte. Je décidai d'aller faire suffisamment de courses pour n'avoir plus besoin de bouger de chez moi pour un bout de temps. En revenant du supermarché, le coffre de ma voiture rempli de sacs de nourriture, Leo, qui jardinait devant sa maison, me demanda si j'avais prévu de tenir un siège.
— Alors, vous n'êtes pas au courant ?
— Non.
Je lui montrai un exemplaire du magazine.
— Qui a pris ces photos ? demanda-t-il.
— Le type du van. C'était un paparazzi.
— Vous avez voulu devenir célèbre, Marcus. Et à présent votre vie ne vous appartient plus. Vous avez besoin d'un coup de main ?
— Non, merci, Leo.
Nous entendîmes soudain un aboiement derrière nous. C'était Duke.
— Qu'est-ce que tu fais là, Duke ? lui demandai-je. Il me fixa de ses yeux noirs.
— Va-t'en, lui ordonnai-je.
J'allai déposer une partie de mes sacs sous mon porche et le chien me suivit.
— Va-t'en ! m'écriai-je. Il me regarda sans broncher.
— Va-t'en !
Il resta immobile.
À cet instant, j'entendis un bruit de moteur. Une voiture freina. C'était Kevin. Il était dans tous ses états. Il sauta hors de sa voiture et se dirigea vers moi, décidé à en découdre.
— Fils de pute ! me hurla-t-il au visage. Je reculai.
— Il ne s'est rien passé, Kevin ! Ces photos sont un mensonge ! Alexandra tient à toi. Il resta à distance.
— Tu t'es bien foutu de moi…
— Je ne me suis foutu de personne, Kevin.
— Pourquoi ne m'as-tu jamais dit ce qui s'était passé entre Alexandra et toi ?