— Tu vois, mon garçon, c'est ma maison. Et le camping-car est à moi. Je me le suis acheté l'année dernière, mais je ne l'ai encore jamais vraiment utilisé. C'était une bonne affaire, je l'ai acheté pour ma retraite.

— Pourquoi vous me racontez ça, coach ?

— Parce que, dans trois ans, je prendrai ma retraite. Ça correspond à la fin de ton lycée. Tu sais ce qui me ferait plaisir ? Finir en remportant la coupe et en envoyant le meilleur joueur que j'aie jamais dirigé en NFL. Alors je vais accepter ton idée. En échange, je veux que tu me promettes de revenir à l'entraînement, de travailler aussi dur que tu l'as fait jusqu'à maintenant. Je veux te voir un jour en NFL, mon garçon. Et moi je prendrai mon camping-car et je sillonnerai la côte Est pour ne rien rater de tes matchs. Je te regarderai depuis les tribunes et je dirai aux types qui seront assis à côté de moi : je le connais bien ce gars-là, c'est moi qui l'ai entraîné au lycée. Promets-moi, Woodrow. Promets-moi que toi et le football, ce n'est que le début d'une grande aventure.

— Je vous le promets, coach Bendham. L'homme sourit.

— Alors, viens maintenant, nous allons annoncer la nouvelle à Hillel.

Vingt minutes plus tard, dans la cuisine des Goldman-de-Baltimore, Hillel, Oncle Saul et Tante Anita écoutèrent le coach, médusés.

— Vous voulez que je devienne votre assistant, coach ? répéta Hillel incrédule.

— Exactement. À partir de la rentrée prochaine. Mon assistant officiel. J'ai le droit de t'engager, Burdon ne peut rien contre ça. Et puis tu feras un assistant du tonnerre : tu connais les gars, t'as une bonne vision du jeu, et je sais que tu fais des fiches sur les autres équipes.

— C'est Wood' qui vous l'a raconté ?

— Peu importe. Tout ça pour dire qu'on va avoir trois grosses saisons à venir, que je ne suis plus tout jeune et qu'un coup de main ne sera pas de trop.

— Oh, mon Dieu ! Oui ! Oui ! J'adorerais ça !

— Il y a une seule condition : pour être dans l'équipe, il faut avoir de bonnes notes. C'est dans le règlement. Les membres de l'équipe de football doivent avoir la moyenne dans toutes les branches, et c'est valable pour toi aussi. Donc si tu veux faire partie de l'équipe, il va falloir te reprendre en classe dès maintenant.

Hillel promit. Ce fut pour lui une résurrection.

<p><emphasis>14.</emphasis></p>

Le matin du 26 mars 2012, je fus réveillé par mon téléphone. Il était cinq heures du matin. C'était mon agent qui m'appelait depuis New York.

— C'est dans la presse, Marcus.

— De quoi tu me parles ?

— Alexandra et toi. Vous faites la une du torchon le plus lu du pays.

Je me ruai au supermarché le plus proche, ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Ils étaient en train de décharger depuis une palette en bois des piles de magazines emballés dans de la cellophane.

J'en attrapai une, déchirai le plastique, saisis un magazine, et lus, effaré :

QUE SE PASSE-T-ILENTRE ALEXANDRA NEVILLE ET MARCUS GOLDMAN ?Récit d'une escapade secrète en Floride.

Le type dans le van noir était un photographe. Il avait passé plusieurs jours à nous observer et à nous suivre. Il avait vendu l'exclusivité à un magazine qui prenait tout le monde de court.

Il avait assisté à tout depuis le début : moi volant Duke, Alexandra et moi à Coconut Grove, Alexandra venant chez moi. Tout laissait à penser que nous avions une liaison.

Je rappelai mon agent.

— Il faut empêcher ça, lui dis-je.

— Impossible. Ils ont été très malins. Aucune fuite, aucune annonce sur Internet. Toutes les photos sont prises depuis la voie publique sans intrusion directe dans ta sphère intime. Tout est parfaitement ficelé.

— Je n'ai rien fait avec elle.

— Tu fais ce que tu veux.

— Je te dis qu'il n'y a rien ! Il doit bien y avoir un moyen d'empêcher que ce journal soit vendu.

— Ils ne font qu'émettre une supposition, Marcus. Ce n'est pas illégal.

— Est-ce qu'elle est au courant ?

— J'imagine. Et si ce n'est pas encore le cas, ce le sera dans l'heure.

J'attendis une heure avant d'aller sonner à la grille de la maison de Kevin. Je vis la caméra de l'interphone s'allumer, signe que quelqu'un me voyait, mais le portail resta fermé. Je sonnai encore, et finalement la porte de la maison s'ouvrit. C'était Alexandra. Elle vint jusque devant la grille et resta derrière.

— Tu as volé le chien ? dit-elle en me fusillant du regard. C'est pour ça qu'il était tout le temps chez toi ?

— Je l'ai fait une fois. Ou deux. Ensuite il est venu tout seul, je te le jure.

— Je ne sais plus si je dois te croire, Marcus. Est-ce que c'est toi qui as averti la presse ?

— Quoi ? Mais enfin, pourquoi aurais-je fait ça ?

— Je ne sais pas. Pour que je rompe avec Kevin, peut-être ?

— Enfin, Alexandra ! Ne me dis pas que tu penses ça !

— T'as eu ta chance, Marcus. C'était il y a huit ans. Ne viens pas saccager ma vie. Laisse-moi tranquille. Mes avocats vont te contacter pour que tu fasses un démenti.

*

Baltimore, Maryland.

Printemps-été 1995.

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