— Non, pas une
— Jettes-y au moins un œil. C'est un endroit qui s'appelle Blueberry Hill. Je crois que tu y serais bien. Je ne supporte plus de te voir si malheureux dans ce lycée.
Hillel, de mauvaise grâce, feuilleta le document.
— En plus, c'est à 60 miles d'ici ! s'indigna-t-il. C'est hors de question ! Je ne vais quand même pas faire 120 miles aller-retour tous les jours !
— Hillel chéri, mon ange… tu dormirais là-bas…
— Quoi ? Non, non ! Je ne veux pas !
— Chaton, tu rentrerais tous les week-ends. Ça te permettra d'apprendre tellement de choses. Tu t'ennuies à l'école.
— Non, Maman, je ne veux pas ! JE NE VEUX PAS ! Pourquoi est-ce que je devrais aller là-bas ? Ce soir-là, Woody et Hillel lurent ensemble la brochure de Blueberry Hill.
— Wood', il faut que tu m'aides ! supplia Hillel, complètement paniqué. Je ne veux pas aller là-bas. Je ne veux pas qu'on soit séparés.
— Moi non plus, je ne veux pas. Mais je sais pas quoi faire pour toi : c'est toi le fortiche à l'école, en principe. Essaie d'arrêter de te faire remarquer. T'es capable de faire ça ? Tu as fait élire le président Clinton ! Tu connais tout sur tout ! Fais un effort. Ne laisse pas ce stupide Burdon te démolir. Allez, t'inquiète pas, Hill', je vais pas te laisser partir.
Hillel, terrifié à l'idée d'être envoyé
Woody baissa la tête.
— À quoi ça sert, de toute façon ? murmura-t-il.
— Qu'est-ce que tu veux dire, trésor ? demanda-t-elle en s'agenouillant près de lui pour être à sa hauteur.
— Si Hill' va à
— Non, Woody, bien sûr que non. C'est ta maison, ça ne change rien. Nous t'aimons comme un fils, tu le sais.
Il laissa couler une larme sur sa joue. Elle le prit contre lui et le serra fort contre sa poitrine.
Le dimanche, peu avant l'heure du déjeuner, le coach Bendham passa à l'improviste chez les Goldman-de-Baltimore. Il proposa à Woody d'aller déjeuner et l'emmena manger un hamburger dans un
— Je suis désolé pour ma lettre, coach, s'excusa Woody à table. Je n'avais pas vraiment envie de quitter l'équipe. J'étais en colère à cause des histoires qu'on fait à Hillel.
— Tu sais, mon garçon, j'ai soixante ans. Ça doit faire à peu près quarante ans que j'entraîne des équipes de football, et de toute ma carrière je n'ai jamais été déjeuner avec un seul de mes gars. Moi, j'ai mes règles et ça, c'est pas dans mes règles. Pourquoi ferais-je cela ? J'en ai eu des types qui ont décidé qu'ils voulaient quitter l'équipe. Ils préféraient aller retrouver des nanas plutôt que courir avec un ballon dans les bras. C'était un signe, ça voulait dire qu'ils n'étaient pas sérieux. Je n'ai pas perdu de temps à essayer de les récupérer. Pourquoi perdre du temps avec des types qui ne voulaient pas jouer quand j'avais des gars qui se bousculaient au portillon pour rejoindre l'équipe ?
— Je suis sérieux, coach. Je vous le promets !
— Je le sais, mon garçon. C'est pour ça que je suis là.
Un serveur leur apporta leur commande. Le coach attendit qu'il fût parti pour reprendre :
— Écoute, Woody, je sais qu'il y a une bonne raison pour que tu m'aies écrit ce mot. Je voudrais que tu me dises ce qui se passe.
Woody expliqua les soucis que rencontrait Hillel, le principal Burdon qui ne voulait rien entendre et la menace de
— Il n'a pas de problème d'attention, dit Woody.
— Je le sais bien, mon garçon, répondit le coach. Y a qu'à l'entendre s'exprimer. Dans sa tête, il est déjà à un stade de développement plus élevé que la plupart de ses enseignants.
— Hillel a besoin d'un défi ! Il a besoin de se sentir tiré vers le haut. Il est heureux avec vous. Il est heureux sur le terrain !
— Tu veux qu'il rejoigne l'équipe ? Mais qu'est-ce qu'on va faire de lui ? C'est le type le plus maigre que j'aie vu de toute ma vie.
— Non, coach, ce n'est pas exactement à un poste de joueur que je pense. J'ai une idée, mais il va falloir que vous me fassiez confiance…
Bendham l'écouta attentivement, opinant du chef pour lui signifier qu'il approuvait sa proposition. Le repas terminé, il conduisit jusqu'à un quartier résidentiel proche. Il s'arrêta devant une petite maison bâtie sur un seul niveau, devant laquelle était garé un camping-car.