Le vendredi 25 mai, elle était devant la cuisinière, à prépa rer le repas pour sa mère quand celle-ci rentrerait de son tra vail. C'était ce qui était convenu tous les vendredis. Au menu : soupe de poisson, et quenelles de brochet aux carottes. Simple, quoi.
Dehors, le vent s'était levé. Tout en veillant à ce que la soupe n'attache pas, Sophie se retourna et regarda par la fenêtre. Les bouleaux se balançaient comme des épis de blé.
Soudain elle entendit une sorte de claquement contre la vitre.
Sophie se retourna à nouveau et découvrit un bout de car ton que le vent avait plaqué contre le carreau.
Sophie se dirigea vers la fenêtre et vit que c'était une carte postale. A travers la vitre, elle lut : « Hilde MOller Knag c/o Sophie Amundsen... »
Pouvait-elle s'attendre à autre chose? Elle ouvrit la fenêtre et prit la carte. Le vent ne l'avait quand même pas poussée du Liban jusqu'ici?
Cette carte aussi portait la date du vendredi 25 mai.
Sophie retira la casserole du feu et s'assit à la table de la cuisine. Le texte disait :
Sophie posa, épuisée, la tête entre ses mains. Non, elle ne comprenait rien à tout ceci. Alors que Hilde, oui?
Si le père de Hilde priait sa fille de lui dire un petit bonjour de sa part, cela revenait à dire que Hilde connaissait mieux Sophie que Sophie ne connaissait Hilde. C'était d'un compli qué ! Autant retourner à ses casseroles.
Une carte qui se colle toute seule sur la vitre de la cuisine. Poste aérienne — à prendre au pied de la lettre...
À peine avait-elle remis la soupe sur le feu que le télé phone sonna.
Oh ! si ça pouvait être Papa ! Si seulement il revenait, elle lui confierait tout ce qui lui était arrivé ces dernières semaines. Mais ce n'était certainement que Jorunn ou Maman... Elle se précipita sur le combiné :
— Allô?
— C'est moi, répondit une voix.
Sophie était sûre de trois choses : ce n'était pas Papa, mais c'était une voix d'homme et elle était persuadée d'avoir déjà entendu cette voix quelque part.
— Qui est à l'appareil? demanda-t-elle.
— C'est Alberto.
— Oh!
Sophie ne savait pas quoi dire. Sophie reconnut la voix de la vidéo sur Athènes.
— Tu vas bien ?
— Euh oui...
— A partir d'aujourd'hui tu ne recevras plus de lettres.
— Mais je n'ai rien fait de mal.
— Nous allons nous rencontrer en personne. Ça devient urgent, tu comprends.
— Pourquoi ça ?
— Nous sommes en passe d'être encerclés par le père de Hilde.
— Comment ça, encerclés ?
— De tous côtés, Sophie. Il faut que nous collaborions à présent. Mais tant que je ne t'aurai pas parlé du Moyen Age, tu ne peux m'être d'aucune utilité. Et puisque nous y sommes, peut-être aurons-nous le temps de voir la Renais sance et le xvie siècle aussi. Sans parler de Berkeley qui joue un rôle déterminant...
— Il n'y avait pas un portrait de lui dans le chalet de Majorstua?
— Si. C'est sans doute à partir de sa philosophie que la bataille proprement dite va se jouer.
— A t'entendre parler, on dirait qu'il s'agit d'une guerre !
— Je dirais plutôt un combat d'idées. Nous devons essayer d'éveiller l'intérêt de Hilde et de la rallier à notre cause avant que son père ne rentre à Lillesand.
— Je n'y comprends rien.
— Peut-être que les philosophes vont t'ouvrir les yeux. Viens me rejoindre à l'église Sainte-Marie demain matin à quatre heures ! Mais viens seule, surtout.
— Je dois venir en pleine nuit?
...Clic!
— Allô?