Une fois de l'autre côté, Hermès continua à la devancer de quelques mètres. Le sentier serpentait à présent entre les pavillons. Sophie et Hermès n'étaient pas les seuls à se pro mener par ce dimanche après-midi. Des familles entières étaient de sortie et marchaient d'un bon pas. Sophie eut une pointe d'envie en les regardant.

Il arrivait que Hermès suivît les traces d'un autre chien ou reniflât quelque chose dans le fossé et disparaisse alors quelques instants, mais Sophie lui ordonnait « Hermès, viens ici ! » et il revenait trotter à côté d'elle.

Ils eurent tôt fait de traverser un ancien parc portuaire, un grand stade et un jardin public. Ils débouchèrent dans un quartier plus animé et continuèrent à se diriger vers la ville en suivant une large avenue surmontée de ponts et où circu laient des tramways.

Une fois dans le centre-ville, Hermès traversa la Grande Place et remonta la rue de l'Eglise. Ils atteignirent la vieille ville où se pressent de vastes demeures de la fin du siècle der nier. Il était presque une heure et demie et ils se trouvaient maintenant à l'autre bout de la ville. Il était rare que Sophie s'aventurât si loin. Une fois seulement, quand elle était petite, elle avait rendu visite à une vieille tante qui habitait dans ce coin-là.

Ils parvinrent à une petite place lovée entre de vieilles bâtisses qui portait curieusement le nom de « Nouvelle Place » alors que les fondations de cette partie de la ville remontaient au Moyen Age.

Hermès alla droit vers l'entrée du numéro 14 et attendit que Sophie ouvre la porte. Elle sentit comme une crampe à l'estomac.

Dans l'entrée, il y avait un panneau avec des boîtes aux lettres vertes. Sophie remarqua qu'une carte postale était col lée sur une des boîtes de la rangée supérieure. La carte portait le tampon de la poste indiquant que le destinataire n'habitait pas à cette adresse. Le destinataire était : « Hilde MOller Knag, Nouvelle Place n° 14... » Le cachet indiquait le 15-6. Il restait encore deux semaines jusqu'à cette date, mais le postier n'y avait visiblement pas prêté attention.

Sophie détacha la carte de la boîte aux lettres et lut :

Chère Hilde,

Sophie arrive à présent à la maison du professeur de philosophie. Elle aura bientôt quinze ans, alors que toi, tu les a eus hier. A moins que ce ne soit aujourd 'hui, ma petite Hilde ? Si c 'est aujourd hui, c 'est en tout cas plus tard dans la journée. Il faut dire que nos montres ne sont pas toujours réglées sur la même heure. Une géné ration vieillit tandis qu 'une autre voit le jour. Pendant ce temps, l'histoire poursuit son chemin. As-tujamais pensé à comparer le déroulement de l'histoire avec la vie d'un homme ? L'Antiquité serait l'enfance. Puis viendrait le long Moyen Age semblable à un jour d'école pour l'Europe. Mais voilà la Renaissance : la classe interminable est finie et lajeune Europe trépigne et piaffe d'impatience à l'idée de sejeter dans l'exis tence. On pourrait aller jusqu a dire que la Renais sance correspond aux quinze ans de l'Europe. Nous sommes en plein mois de juin, mon enfant : Dieu qu 'il fait bon vivre et que la vie est belle !

P. -S. : J'ai été désolé d'apprendre que tu a vais perdu ta croix en or. Il faut que tu apprennes à faire plus attention à tes affaires !

Amicalement, ton Papa...

qui est juste au coin de la rue.

Hermès était déjà en train de monter l'escalier. Sophie garda la carte à la main et le suivit. Elle dut monter les marches quatre à quatre pour ne pas le perdre de vue. Il agitait joyeusement la queue. Ils dépassèrent le premier, deuxième, troisième et quatrième étage. On débouchait ensuite sur un escalier étroit qui montait encore plus haut. Ils n'allaient quand même pas grimperjusqu'au toit? Mais Hermès s'atta qua à l'escalier avant de s'arrêter devant une porte étroite à laquelle il se mit à gratter.

Sophie entendit de l'intérieur des pas approcher. La porte s'ouvrit et Alberto Knox apparut. Il avait changé de costume, mais aujourd'hui aussi il s'était déguisé : il portait des mi-bas blancs, un pantalon bouffant rouge et une veste jaune avec des manches gigot. Il faisait penser à un joker dans unjeu de cartes. A l'évidence, il portait des vêtements typiques de la Renaissance.

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