— De toute façon, je ne comprends pas comment on obtient du facteur qu'il délivre du courrier en pleine forêt.

Alberto eut un sourire de satisfaction.

— Oh ! ce genre de choses est une bagatelle pour le père de Hilde. Un banal truc de prestidigitateur, un vulgaire tour de passe-passe. Nous sommes peut-être les personnes les plus surveillées du monde.

Sophie se sentit gagnée par l'indignation.

— Si jamais je le rencontre, je lui arrache les yeux.

Alberto alla s'asseoir sur le canapé. Sophie le suivit et

choisit un fauteuil bien confortable.

— Seule la philosophie peut nous rapprocher du père de Hilde, dit-il enfin. Aujourd'hui je vais te parler de la Renais sance.

— D'accord.

— Quelques années après saint Thomas d'Aquin, la grande culture chrétienne se lézarda. La philosophie et la science se détachèrent progressivement de la théologie de l'Eglise, mais cela eut aussi pour conséquence que la vie religieuse eut un rapport plus libre avec la raison. De plus en plus de personnes mirent l'accent sur l'impossibilité d'approcher Dieu par la raison, car Dieu est par nature inconcevable pour l'esprit. Le plus important pour l'être humain n'est pas de comprendre le mystère divin, mais de se soumettre à la volonté de Dieu.

— Je comprends.

— La vie religieuse faisant enfin bon ménage avec la science, on vit l'avènement d'une nouvelle méthode scienti fique et d'une nouvelle conviction religieuse qui permirent les deux grands bouleversements du xive et du xve siècle, à savoir la Renaissance et la Réforme.

— Prenons une chose à la fois.

— La Renaissance est un grand mouvement de renouveau culturel à la fin du xive siècle. Elle vit le jour en Italie du Nord, mais s'étendit rapidement durant le xve et le xvie siècle.

— Est-ce que tu n'as pas dit une fois que le mot « renais sance » signifie « naître une deuxième fois » ?

— Très juste, et ce qui devait renaître, c'était l'art et la cul ture de l'Antiquité. Nous avons un autre terme aussi, celui d'« humanisme », parce que de nouveau on partait de l'homme, alors que le Moyen Age avait considéré chaque action et chaque vie à la lumière de Dieu. « Revenir aux sources », c'est-à-dire revenir à l'humanisme de l'Antiquité devint le mot d'ordre. On assista pour ainsi dire à un nouveau sport national, celui de déterrer de vieilles sculptures et des inscriptions antiques. Apprendre le grec redevint aussi à la mode, ainsi que les études sur la culture grecque. Etudier l'humanisme grec avait, détail non négligeable, un but péda gogique, car la connaissance des langues anciennes donnait une « culture classique » et développait ce qu'on appelle communément les « qualités humaines ». « On met au monde les chevaux, avait-on coutume de rappeler, mais on ne met pas au monde les hommes, on les éduque pour qu'ils le deviennent. »

— Tu veux dire que c'est par l'éducation qu'on devient homme?

— Oui, en gros c'est ça. Mais avant d'examiner de plus près les idées de l'humanisme de la Renaissance, nous allons dire quelques mots sur son arrière-plan politique et culturel.

Alberto se leva et se mit à arpenter la pièce. Il finit par s'arrêter et montra du doigt un très vieil instrument posé sur une des étagères.

— Qu'est-ce que c'est? demanda-t-il.

— On dirait une vieille boussole.

— Toutjuste.

A présent il montrait du doigt un vieux fusil accroché au- dessus du canapé.

— Et ça?

— Un ancien fusil.

— Bon. Et ça?

Alberto prit un livre de la bibliothèque.

— Eh bien, c'est un vieux livre.

— Disons, pour être plus précis, que c'est un incunable.

— Un incunable ?

— En fait, cela veut dire « berceau ». On emploie ce terme à propos de livres qui furent imprimés à l'époque qui marque l'enfance de l'imprimerie. C'est-à-dire avant le xve siècle.

— Il est vraiment si vieux que ça?

— Oui, aussi vieux que ça. Ces trois inventions que je t'ai montrées (la boussole, la poudre et l'imprimerie) vont jeter les bases de cette nouvelle époque que nous appelons la Renaissance.

— Attends, je n'ai pas bien compris !

— La boussole facilita la navigation. En d'autres termes, elle est en partie à la base des grandes découvertes. De même, dans une certaine mesure, la poudre. Les nouvelles armes rendirent les Européens mieux armés, comparés aux cultures américaine et asiatique. Et en Europe aussi, la poudre joua un grand rôle. Quant à l'imprimerie, elle permit de répandre les nouvelles idées des humanistes de la Renaissance, contri buant de manière fort active à faire perdre à l'Eglise son vieux monopole de détenteur du savoir. Par la suite on inventa de nouveaux instruments et de nouveaux outils à tour de bras. Le télescope fut par exemple un instrument d'une extrême importance, puisque grâce à lui l'astronomie connut un essor incomparable.

— Et, pour finir, on inventa les fusées et les navettes spa tiales pour atterrir sur la Lune ?

Перейти на страницу:

Похожие книги