— Je commence à y voir plus clair. La force d'attraction est plus grande entre deux éléphants qu'entre deux souris, par exemple. Et la force d'attraction sera plus grande entre deux éléphants d'un même zoo qu'entre un éléphant aux Indes et un éléphant en Afrique.
— Je vois que tu as compris ça. J'en viens à présent au point essentiel. Cette attraction — ou gravitation — est, selon Newton, universelle. Ce qui veut dire qu'elle s'applique par tout, même entre les planètes. On raconte qu'il eut cette intui tion alors qu'il était assis sous un pommier. En voyant tomber une pomme, il se serait demandé si la Lune aussi subissait l'attraction terrestre et si c'était pour cette raison qu'elle tour nait éternellement autour de la Terre.
— Ce n'était pas bête. Encore que...
— Encore que quoi, Sophie?
— Si la Lune subit la même attraction terrestre qui fait tomber une pomme, elle finirait par tomber elle aussi au lieu de tourner indéfiniment autour de la Terre comme autour du pot...
— Voilà que nous pouvons aborder la loi de Newton sur le mouvement des planètes. Concernant la force d'attraction qu'exerce la Terre sur la Lune, tu as à moitié raison, ce qui veut dire que tu as à moitié tort. Tu veux savoir pourquoi la
Lune ne tombe pas sur la Terre, Sophie ? Il est vrai que la Terre exerce sur la Lune une force d'attraction incroyable. Tu n'as qu'à t'imaginer quelle force il faut déployer pour soule ver le niveau de la mer d'un mètre ou de deux quand c'est marée montante.
— Je ne comprends pas bien.
— Pense au plan incliné de Galilée et à ce qui s'est passé quand j'ai fait rouler la bille de travers.
— Tu veux dire qu'il y a deux forces différentes qui agis sent sur la Lune ?
— Exactement. Un jour, il y a fort longtemps, la Lune a été projetée avec une force terrible au loin, c'est-à-dire loin de la Terre. Cette force, elle la gardera pour l'éternité car elle se déplace dans un espace sans air où elle ne rencontre aucune résistance...
— Mais elle devrait être attirée par la Terre en vertu de la loi de l/attrac.tion terrestre ?
— Oui, mais ces deux forces sont constantes et s'exercent simultanément. C'est pourquoi la Lune continuera à tourner indéfiniment autour de la Terre.
— C'est vraiment aussi simple?
— Oui et c'estjustement cette « simplicité » que Newton tenait à mettre en évidence. Il démontra qu'un petit nombre de lois physiques sont valables en tout point de l'univers. En ce qui concerne le mouvement des planètes, il s'était contenté d'appliquer deux lois naturelles que Galilée avait déjà révé lées. La première était la
— Newton a ainsi pu expliquer pourquoi toutes les pla nètes tournent autour du Soleil ?
— Exactement. Toutes les planètes décrivent autour du Soleil des ellipses qui sont le résultat de deux mouvements différents : le premier mouvement en ligne droite est celui qu'elles ont reçu lors de la formation du système solaire, et le deuxième est la conséquence de l'attraction universelle.
— Ah ! c'est ingénieux !
— Je ne te le fais pas dire. Newton démontra que ces mêmes lois régissent tout l'univers. Il balaya ainsi définitive ment toutes les vieilles croyances issues du Moyen Age selon lesquelles le « ciel » obéirait à d'autres lois que la terre. La représentation héliocentrique du monde fut enfin expliquée et reconnue une bonne fois pour toutes.
Sur ces mots, Alberto se leva et remit le plan incliné dans le tiroir où il l'avait pris. Il ramassa la bille, mais se contenta de la poser sur la table entre eux.
Sophie n'en revenait pas de tout ce qu'ils avaient pu déduire d'une simple planche inclinée et d'une bille. A regar der cette bille qui gardait des traces de feutre noir, elle ne pouvait s'empêcher de penser au globe terrestre. Elle demanda :
— Et les hommes ont dû accepter l'idée de vivre sur une planète quelconque perdue dans le vaste univers ?
— Oui, la nouvelle représentation du monde fut à maints égards un choc terrible. On peut faire une comparaison avec l'effet qu'eut la théorie de Darwin plus tard quand il démon tra que l'homme descendait des animaux. Dans les deux cas, l'homme perdait quelque chose de son statut privilégié au sein de la Création. Dans les deux cas, ces théories se heurtè rent à une farouche opposition de l'Eglise.
— Ça ne m'étonne pas. Car que reste-t-il de Dieu dans tout ça? Il faut reconnaître que c'était plus simple quand la Terre était le centre de l'univers et que Dieu et les planètes habi taient à l'étage du dessus...