— Pas si stupide que ça, puisque tu n'es pas en mesure de me répondre. Pourquoi la bille a-t-elle roulé par terre ?

— Eh bien, à cause de la pesanteur.

— C'est cela même, ou de la gravité, comme on l'appelle aussi. Le poids a donc à voir avec la pesanteur. C'est cette force qui a mis la bille en mouvement.

Alberto avait déjà ramassé la bille par terre et la tenait de nouveau au-dessus du plan incliné.

— Observe attentivement le mouvement de la bille.

Il se pencha et lança la bille, en essayant de la faire glisser de biais le long de la planche. Sophie vit la bille dévier peu à peu de sa trajectoire et rouler en bas du plan incliné.

— Que s'est-il passé ? demanda Alberto.

— Elle a roulé de travers parce que la planche est inclinée.

— Je vais à présent colorier la bille avec du feutre... nous allons de cette manière mieux voir ce que tu entends par « de travers ».

Il sortit un feutre et coloria toute la bille en noir. Puis il fît rouler la bille encore une fois. Sophie pouvait voir très exac tement où la bille avait roulé, puisqu'elle avait laissé des traces noires sur la planche.

— Comment qualifierais-tu le mouvement de la bille? demanda Alberto.

— Il est courbe... ça ressemble à une partie de cercle.

— Voilà, tu l'as dit!

Alberto la regarda en haussant les sourcils :

— Enfin... ce n'est pas tout à fait un cercle. On appelle cette figure une parabole.

— Si tu veux.

— Mais pourquoi la bille s'est-elle déplacée de cette façon?

Sophie réfléchit un instant et finit par dire :

— Parce que la planche avait une pente, la bille a été atti rée vers le bas par la loi de la pesanteur.

— Oui, n'est-ce pas? C'est tout à fait remarquable. Je fais monter dans mon grenier la première jeune fille qui passe et elle aboutit avec une seule expérience aux mêmes conclu sions que Galilée, dit-il en se mettant à l'applaudir.

Sophie craignit une seconde qu'il ne soit devenu complète ment fou.

— Tu as vu, poursuivit-il, l'effet conjugué de deux forces sur un même objet. Galilée vérifia qu'il en était de même

pour un boulet de canon, par exemple. On le tire en l'air et il continue sa course avant de venir s'écraser au sol. Il a alors décrit la même courbe que la bille de tout à l'heure sur un plan incliné. A l'époque de Galilée, c'était une découverte totale. Aristote croyait qu'un projectile lancé en l'air décri vait une légère courbe avant de retomber à la verticale sur la terre. C'était donc faux, et pour prouver l'erreur d'Aristote, il suffisait tout bonnement d'en faire la démonstration.

— Oui, mais je n'en vois pas vraiment l'intérêt...

— Comment ça ! C'est d'un intérêt cosmique, mon enfant ! Cette expérience compte parmi les découvertes scientifiques les plus importantes de l'humanité.

— Alors je pense que tu vas m'expliquer pourquoi.

— Plus tard vint le physicien anglais Isaac Newton qui vécut de 1642 à 1727. C'est à lui que nous devons la des cription définitive du système solaire et des mouvements des planètes. Il ne s'est pas contenté de décrire le mouvement des planètes autour du Soleil, mais il a expliqué pourquoi. Il s'est servi pour ce faire de ce que nous appelons la dyna mique de Galilée.

— Est-ce que les planètes sont comme des billes sur un plan incliné ?

— Quelque chose de semblable, en un sens. Mais pas si vite, Sophie.

— Bon, de toute façon je n'ai pas le choix.

— Kepler avait déjà souligné qu'il devait exister une force qui attirait les planètes entre elles. Par exemple, le Soleil devait exercer une force qui obligeait les planètes à rester sur leurs trajectoires. Une force de ce type expliquait aussi pour quoi les planètes se déplacent plus lentement au fur et à mesure qu'elles s'éloignent du Soleil. Kepler pensait que le mouvement des marées, c'est-à-dire la variation du niveau de la mer, dépendait d'une force exercée par la Lune.

— Mais c'est vrai !

— Oui, c'est vrai. Mais Galilée contesta ce point. Il se moqua de Kepler qui avait « soutenu l'idée que la Lune règne sur l'eau ». Galilée ne croyait pas en effet que des forces de gravitation puissent agir sur de si grandes distances et entre différentes planètes.

— Là, il avait tort.

— Oui, sur ce point, il avait tort. Et c'est un peu troublant car il s'intéressait tout particulièrement à la force d'attraction terrestre et à la chute des corps sur la terre. Il avait par ailleurs mis en évidence l'interaction de plusieurs forces sur les mou vements d'un seul corps.

— Mais tu as mentionné Newton ?

— Oui. Newton vint et formula ce que nous appelons la loi de la gravitation universelle. Cette loi dit que chaque corps attire un autre corps avec une force qui est proportionnelle à la masse des corps et inversement proportionnelle au carré de la distance qui les sépare.

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