— Pas entièrement. Sa principale thèse, à savoir que la Terre tournait autour du Soleil, est exacte bien sûr. Mais il prétendait aussi que le Soleil était au centre de l'univers. Nous savons aujourd'hui que le Soleil n'est qu'une étoile parmi une multitude d'étoiles et que toutes les étoiles autour de nous ne forment qu'une galaxie parmi des milliards d'autres galaxies. Copernic croyait en outre que la Terre et les autres planètes décrivaient des cercles autour du Soleil.
— Et ce n'est pas exact?
— Non. L'idée de ces mouvements circulaires venait uni quement de la vieille conception qui prétendait que les corps célestes étaient tout ronds et avaient un mouvement de rota tion circulaire parce qu'ils étaient « célestes ». Depuis l'époque de Platon, la sphère et le cercle étaient considérés comme étant les formes géométriques les plus parfaites. Il fal lut attendre le début du xvie siècle pour qu'un astronome alle mand,
— Comment pouvait-il en être aussi sûr?
— Parce qu'il avait analysé le mouvement des planètes en réinterprétant les observations des astronomes de l'Antiquité. A la même époque que Kepler vivait le célèbre savant Galilée, qui examinait les corps célestes au télescope. Il étudia les cratères de la Lune et mit en évidence que s'y trouvaient des montagnes et des vallées exactement comme sur la Terre. Il découvrit en outre que la planète Jupiter avait quatre lunes. La Terre n'était donc pas la seule planète à avoir une lune. Malgré tout, la contribution essentielle de Galilée fut d'avoir été le premier à formuler ce qu'on a appelé la
— C'est quoi?
— Galilée la formule en ces termes : « La vitesse originelle d'un corps céleste se maintiendra très exactement tant que les causes extérieures d'accélération ou de ralentissement n'interviennent pas. »
— Je ne vois pas le problème.
— Mais si, c'est une observation importante, car depuis l'Antiquité un des arguments majeurs contre la théorie de la rotation de la Terre avait été de dire que si cette théorie était juste, une pierre lancée droit en l'air aurait dû retomber plu sieurs mètres plus loin.
— Pourquoi n'est-ce pas le cas ?
— Si tu te trouves dans un train et que tu laisses tomber une pomme, la pomme ne tombera pas plus loin vers l'arrière du fait que le train avance. Elle tombera tout droit. A cause de la loi d'inertie. La pomme conserve la vitesse qu'elle avait avant que tu ne la laisses tomber.
— Je commence à comprendre...
— Bien entendu les trains n'existaient pas à l'époque de Galilée, mais si tu fais rouler une bille sur le sol et que sou dain tu la lâches...
—... la bille continue de rouler...
—... parce que la vitesse est maintenue même après que la bille a été lâchée.
— Mais elle finira bien par s'arrêter toute seule si la chambre est assez grande ?
— Oui, parce que d'autres forces freinent sa vitesse. Il y a d'abord le sol, surtout s'il s'agit d'un parquet de bois non traité... Puis il y a la pesanteur qui tôt ou tard arrêtera la bille. Mais attends une seconde, je vais te montrer quelque chose.
Alberto Knox se leva et se dirigea vers le vieux secrétaire. Il sortit quelque chose d'un des tiroirs et le posa sur la table du salon : c'était tout simplement une planche de bois épaisse de quelques millimètres à une extrémité et qui finissait en pointe à l'autre bout. A côté de la planche qui recouvrait presque toute la table, il posa une bille verte.
— C'est ce qu'on appelle un plan incliné, expliqua-t-il. A ton avis, que va-t-il se passer si je lâche la bille à l'endroit le plus épais de la planche ?
Sophie soupira, un peu agacée par la démonstration :
— Je te parie dix couronnes qu'elle va rouler sur la table et après tomber par terre.
— On va voir.
Alberto lâcha la bille et celle-ci fit exactement ce que Sophie avait dit. Elle roula sur la surface de la table, tomba sur le plancher avec un petit bruit sec et finit sa course contre le seuil de la porte.
— Impressionnant, dit Sophie.
— Oui, n'est-ce pas? C'est précisément à ce type d'expé riences que Galilée s'intéressait, tu comprends.
— Il était vraiment aussi idiot que ça?
— Du calme ! Il voulait tout examiner avec ses propres sens, ce que nous venons de voir n'est qu'un commencement. Peux-tu m'expliquer pourquoi la bille a roulé en bas du plan incliné ?
— Elle a commencé à rouler parce qu'elle avait un certain poids.
— Très bien. Et le poids, qu'est-ce que c'est, mon enfant?
— C'est vraiment une question stupide !