— Ils n'avaient évidemment ni machines à calculer ni balances électroniques. Mais ils connaissaient les mathéma tiques et ils avaient des balances. Il était plus important que jamais de retranscrire toutes les observations scientifiques dans un langage mathématique précis. « Mesure ce qui est mesurable et rends mesurable ce qui ne peut pas être mesuré », dit
— Et toutes ces expérimentations et ces mesures ouvrirent la voie pour de nouvelles inventions ?
— La première phase fut l'élaboration de cette nouvelle méthode. Elle permit une révolution technique qui elle-même rendit possibles toutes les découvertes ultérieures. En d'autres termes, les hommes commencèrent par se libérer des contin gences naturelles. La nature n'était plus quelque chose dont l'homme se contentait de faire partie, elle devenait quelque chose dont on peut avoir besoin et se servir. « Le savoir est le pouvoir », déclara le philosophe anglais
— Mais pas seulement de manière positive, n'est-ce pas?
— Non, là encore le bien et le mal sont intimement tissés dans toutes les actions des hommes. L'essor de la technique qui s'amorça à la Renaissance est à l'origine des machines à filer et du chômage, des médicaments et des nouvelles mala dies, de la culture intensive et de l'appauvrissement des terres, de l'électroménager, machines à laver et autres réfrigé rateurs, mais aussi de la pollution et des problèmes de déchets ; toutefois cela n'est dû qu'au mauvais usage de la technique et non à la technique elle-même. Derrière toutes les menaces qui pèsent sur le monde d'aujourd'hui, beaucoup voient dans l'essor de la technique un facteur déterminant. D'aucuns soulignent que l'homme a mis en marche un pro cessus qu'il n'est plus en mesure de contrôler. Mais les bonnes âmes optimistes pensent que nous sommes encore dans l'enfance de la technique et que si la civilisation tech nique a eu ses maladies infantiles, les hommes apprendront peu à peu à maîtriser la nature sans pour autant la mettre en danger de mort.
— Et toi, qu'est-ce que t'en penses?
— Il y a du vrai dans les deux points de vue. Dans certains domaines, il faut que les hommes cessent de malmener la nature, mais nous pouvons par ailleurs continuer à agir en toute bonne conscience. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que nous ne retournerons jamais au Moyen Age, puisque à partir de la Renaissance l'homme n'a plus seulement été une partie de la Création, mais a commencé à transformer la nature et à la modeler à son image. Cela en dit long sur cette étrange créature qu'est l'homme.
— Nous avons déjà marché sur la Lune. Aucun homme du Moyen Age n'aurait cru que c'était possible, non?
— Ça, tu peux le dire ! Cela nous amène à aborder la ques tion de la
— Ah ! si tout pouvait être aussi simple !
— Mais en 1543 parut un opuscule intitulé
— Et cette conception du monde était juste ?