Pas mal, elle avait donc gagné cent cinquante couronnes à ce petit jeu, il avait dû penser que son cadeau fait maison n'était pas suffisant.
Le 15 juin était précisément le jour de son anniversaire. Mais Sophie n'en était qu'à la mi-mai. Son père avait dû rédi ger ce chapitre à ce moment-là et tout simplement antidaté la « carte d'anniversaire » pour Hilde.
Pauvre Sophie toute perdue qui court rejoindre son amie Jorunn devant le centre commercial...
Qui était Hilde ? Comment son père pouvait-il être aussi sûr que Sophie la retrouverait? De toute façon, c'était complète ment absurde de lui envoyer les cartes à elle plutôt qu'à sa fille directement.
Hilde aussi se sentit flotter dans l'air à la lecture du passage sur Plotin.
Je dis que tout ce qui est participe du mystère divin. Nous voyons que quelque chose brille au fond d'un tournesol ou d'une pensée sauvage. Un papillon qui volette de fleur en fleur ou un poisson rouge qui nage dans son bocal nous font pressen tir ce mystère insondable. Mais c'est grâce à notre âme que nous approchons le plus près de Dieu. Là seulement, nous fai sons un avec le grand mystère de la vie. Oui, il peut même nous arriver, à de rares occasions, de ressentir que
C'était ce que Hilde avait lu de plus étourdissant jusqu'ici. Mais c'était aussi ce qui était le plus simple : tout est un, et ce « un » est un mystère divin dont tout participe.
On n'avait pas vraiment besoin d'y croire. C'est comme ça, un point c'est tout. Libre à chacun d'interpréter ce « mys tère divin » comme il l'entend.
Elle survola rapidement le chapitre suivant. Sophie et Jorunn voulaient camper le soir de la fête nationale et elles allèrent au chalet du major...
Quelques pages plus loin, Hilde, furibonde, sauta à bas du lit et fit quelques pas dans la chambre, le classeur sous le bras.
C'était le comble ! Son père laissait les deux filles trouver dans ce chalet des copies de toutes les cartes qu'elle avait reçues la première quinzaine du mois de mai. Le texte inté gral ! Hilde relisait plusieurs fois les cartes de son père et en connaissait chaque mot par cœur.
Là-dessus, nouvelle lettre du philosophe pour Sophie sur les juifs, les Grecs et la culture judéo-chrétienne en général. Hilde était heureuse de voir soudain l'histoire sous cet angle. Jamais on ne leur apprenait cela à l'école. C'était d'habitude une simple accumulation de détails qui appelaient encore d'autres détails et comme ça indéfiniment. Le chapitre ter miné, elle avait enfin compris l'importance de Jésus et du christianisme.
Elle aimait bien la citation de Goethe disant que « qui ne sait pas tirer les leçons de trois mille ans vit seulement au jour le jour ».
Le chapitre suivant commençait avec le bout de papier qui venait se coller à la fenêtre de la cuisine chez Sophie. C'était bien sûr une nouvelle carte d'anniversaire adressée à Hilde.
Puis ce fut le coup de téléphone d'Alberto à Sophie et la première fois qu'elle entendait sa voix.