À t'entendre parler, on dirait qu'il s'agit d'une guerre !

Je dirais plutôt un combat d'idées. Nous devons essayer d'éveiller l'intérêt de Hilde et de la rallier à notre cause avant que son père ne rentre à Lillesand.

Ensuite Sophie allait retrouver Alberto Knox déguisé en moine du Moyen Age dans la vieille église du XIF siècle.

A propos d'église... Hilde regarda sa montre. Une heure et quart ! Elle avait complètement perdu la notion du temps.

A vrai dire, ce n'était pas un drame si elle manquait l'église le jour de son anniversaire. Non, c'était autre chose qui la mettait de mauvaise humeur : elle en avait assez de toutes ces félicitations pour son anniversaire. Trop, c'était trop!

Elle ne coupa pas cependant au long prêche d'Alberto. Visiblement, cela ne paraissait pas lui poser le moindre pro blème d'endosser la soutane du prêtre.

Quand elle lut le passage sur Sophia qui s'était manifestée à Hildegarde au cours d'une vision, elle dut consulter à nou veau son encyclopédie. Mais elle ne trouva aucune trace de ces deux noms. C'était toujours la même chose! Dès qu'il s'agissait de femmes ou de quelque chose de féminin, son encyclopédie devenait aussi muette qu'une carpe. Est-ce que l'encyclopédie avait été censurée par un conseil de protection de la gent masculine ?

Hildegarde de Bingen avait pourtant été religieuse, écri vain, médecin, botaniste et naturaliste. Elle était en outre « un symbole du rôle prépondérant des femmes, plus proches des choses de la nature, sur le plan scientifique, au cours du

Moyen Âge ». Et bien sûr pas une ligne sur elle dans son encyclopédie. Un scandale !

Hilde n'avait jamais entendu parler du « côté féminin » de Dieu ou de sa « nature maternelle ». Ce qu'on appelait Sophia ne méritait même pas une ligne !

Elle trouva tout au plus mentionnée l'église Hagia Sophia à Constantinople. Hagia Sophia signifiait « Sainte Sagesse ». Une capitale et une foule de reines avaient repris ce nom et partant sa « sagesse », en quelque sorte. Mais pas un mot pour dire que cette sagesse était à l'origine féminine. Et on n'appe lait pas ça de la censure ?

Sinon, c'était une bonne formule de dire que Sophie se montrait « au regard intérieur de Hilde ». Elle avait en perma nence l'impression de voir devant elle cette fille aux cheveux noirs...

Après la nuit passée dans l'église Sainte-Marie, Sophie venait se placer devant le miroir qu'elle avait rapporté de la forêt :

Elle n'y vit d'abord que son visage blême aux traits tirés. Puis elle crut tout à coup distinguer le contour très flou d'un autre visage en filigrane du sien.

Sophie prit une ou deux profondes inspirations. D s'agissait de garder la tête froide.

Sous son visage pâle, encadré des cheveux noirs qui ne tolé raient aucune autre coiffure que celle de la nature, c'est-à-dire lisses et tombant droit, transparaissait aussi l'image d'une autre jeune fille.

L'inconnue mit soudain toute son énergie à cligner des yeux. C'était comme si elle avait voulu par ce biais signaler sa pré sence. Ce ne dura qu'un bref instant. Puis elle disparut.

Combien de fois Hilde n'avait-elle pas essayé de voir dans le miroir une autre image que la sienne? Mais comment diable son père avait-il fait pour savoir tout ça? Et ne recher- chait-elle pas précisément une femme aux cheveux noirs ? Son arrière-grand-mère avait acheté le miroir à une gitane...

Les mains de Hilde se mirent à trembler quand elle reprit le classeur : il lui semblait vraiment que Sophie se tenait quelque part « de l'autre côté ».

Sophie rêvait à présent de Hilde et de Bjerkely. Hilde ne pouvait ni la voir ni l'entendre... et voilà que Sophie décou vrait la croix en or de Hilde sur la jetée ! Cette même croix en or qui se trouvait dans le lit de Sophie à son réveil...

Cela méritait vraiment réflexion. Elle n'avait quand même pas perdu aussi sa croix en or? Elle alla vers la commode et sortit son coffret à bijoux. Et la croix en or qu'elle avait reçue de sa grand-mère pour son baptême n'y était plus !

Et ce n'était pas tout : Sophie avait fait un rêve prémoni toire sur le retour du père de Hilde du Liban alors qu'il restait encore une semaine. Est-ce que cela voulait dire que Sophie, d'une certaine manière, serait là elle aussi au retour de son père ? Il avait un jour écrit quelque chose à propos d'une nou velle amie...

Hilde eut soudain l'intuition foudroyante que Sophie n'était pas seulement une créature d'encre et de papier : elle existait bel et bien !

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