— Il rejetait ces deux preuves de l'existence de Dieu. Jamais l'expérience ne peut nous fournir le moindre fondement pour affirmer que Dieu existe ou non.
— Mais tu as commencé en disant que Kant voulait sauver les fondements de la foi chrétienne !
— Oui, il a ouvert la voie à une nouvelle dimension reli gieuse : la
— Est-ce ainsi qu'il entend sauver le christianisme?
— Si tu veux. N'oublions pas que Kant était protestant. Depuis la Réforme, le protestantisme s'est caractérisé par sa
foi, alors que le catholicisme a dès le Moyen Âge recouru à la raison pour étayer sa foi.
— Je vois.
— Mais Kant ne se contenta pas de rejeter ces questions sur le compte de la foi. D était selon lui nécessaire à la morale de l'homme de présupposer que l'homme a une
— C'est presque comme Descartes quoi! Il commence par exprimer ses doutes sur notre faculté de connaître, puis il réin troduit subrepticement Dieu et toute sa clique.
— Oui, mais à la différence de Descartes Kant précise bien que c'est la foi qui l'a amené à ces conclusions et non la raison. Pour lui la foi en une âme immortelle, en l'existence de Dieu et le libre arbitre de l'homme sont
— Ce qui signifie ?
— Un « postulat », c'est quelque chose qu'on affirme sans le démontrer et un « postulat pratique » c'est quelque chose qui a trait à la « pratique » de 1 homme, autrement dit sa morale. « C'est une nécessité morale que d'accepter l'existence de Dieu », dit-il.
Soudain on frappa à la porte. Sophie se leva d'un bond mais, comme Alberto ne bougeait pas, elle se risqua à demander :
— On ne va pas ouvrir?
Alberto haussa les épaules et finit par se lever. Ils allèrent ouvrir et se retrouvèrent face à une petite fille vêtue d'une robe d'été claire et d'une capuche roujge. C'était elle qu'ils avaient vue de l'autre côté du lac. Elle portait un panier plein de nourriture.
— Salut, dit Sophie. Qui es-tu?
— Tu ne vois pas que je suis le Petit Chaperon rouge?
Sophie leva les yeux vers Alberto qui fit un petit signe de la
tête.
— Tu as entendu ce qu'elle a dit?
— Je cherche la maison de ma grand-mère, dit la petite fille. Elle est vieille et malade, aussi je viens lui apporter un peu de nourriture.
— Ce n'est pas ici, répondit Alberto. Allez, passe ton chemin !
D prononça ces derniers mots en faisant le geste de la chasser
du chemin comme si elle eût été une vulgaire mouche.
— Mais j'avais aussi une lettre à lui remettre, poursuivit la petite fille qui tendit une enveloppe à Sophie.
L'instant d'après, elle avait disparu.
— Prends garde au loup ! lui cria Sophie.
Alberto était déjà rentré et Sophie vint le rejoindre pour poursuivre leur conversation.
— Ça alors, c'était le Petit Chaperon rouge! s'exclama Sophie, une fois assise.
— A quoi bon la prévenir? Elle va se rendre chez sa grand- mère où le loup l'attend pour la manger. Elle n'apprendra jamais, c'est quelque chose qui va se répéter indéfiniment