— La conscience de l'homme n'est pas une feuille blanche où s'inscriraient de fàçon « passive » les impressions de nos sens. C'est au contraire une instance éminemment active, puisque c'est la conscience qui détermine notre conception du monde. Tu peux comparer avec une carafe d'eau : l'eau vient remplir la forme de la carafe. De la même façon, nos perceptions se plient à nos deux « formes
— Je commence à comprendre.
— Kant affirmait que si la conscience est formée à partir des choses, les choses à leur tour sont formées à partir de la conscience. Ce dernier point est ce que Kant a lui-même sur nommé sa « révolution copernicienne » dans le domaine de la connaissance. D voulait dire par là que c'était une façon de pen ser aussi radicalement neuve que pouvait l'être la théorie de Copernic en son temps, quand celui-ci affirma que la Terre
tournait autour du Soleil et non le contraire. Quant à la
— Explique !
— Tu te rappelles ce que Hume prétendait : l'habitude seule nous fait croire à un enchaînement logique des phénomènes dans la nature. Kant, lui, considère justement comme une qua lité innée de la raison ce qui chez Hume était indémontrable. La loi de causalité prévaudra toujours, tout simplement parce que l'entendement de l'homme considère chaque événement dans un rapport de cause à effet.
—J'aurais plutôt tendance à croire que la loi de causalité se trouve plus à 1 origine dans les choses que dans les hommes.
— Pour Kant, fl n'y a aucun doute : nous portons cette loi en nous. D veut bien admettre comme Hume que nous ne pouvons avoir aucune certitude sur la vraie nature du monde « en soi ». Nous pouvons seulement connaître comment le monde est « pour moi », c'est-à-dire pour nous, les êtres humains. Cette différence entre
— Bof, tu sais, moi l'allemand...
— Kant distingue la « chose en soi » et « la « chose pour moi ». Sans pouvoir nous avancer sur le terrain de la « chose en soi », nous sommes néanmoins en mesure de dire à la suite de chaque expérience comment nous concevons le monde.
— Ah !tu crois ?
— Avant de sortir le matin, même si tu n'as aucune idée de ce que tu vas voir ou vivre au cours de la journée, tu sais que de toute façon ce sera inscrit dans l'espace et le temps. Quant à la loi de causalité, tu sais aussi qu'elle fait partie de ton esprit.
— Tu veux dire qu'on aurait pu être créé différemment?
— Bien sûr. Nous aurions pu être dotés d'un tout autre sys tème perceptif qui aurait modifié notre expérience du temps et de l'espace. Nous aurions pu aussi ne pas nous intéresser aux relations de cause à effet dans le monde qui nous entoure.
— Tu n'aurais pas des exemples?
— Imagine-toi un chat couche dans le salon. Une balle se met à rouler à travers la pièce. Que va faire le chat à ton avis ?
— Oh ! c'est très simple : le chat va courir après la balle.