— Mais tu savais, toi, qu elle s'arrêtait à une autre maison avant d'aller chez sa grand-mère?
— Laisse tomber !
Sophie jeta alors un coup d'oeil sur l'enveloppe, où était écrit
Alberto fît oui de la tête.
— D y a du vrai là-dedans. Je crois même que Kant aurait pu dire la même chose. D ne faut pas espérer comprendre qui nous sommes. De même que nous ne pouvons pas comprendre à fond ce qu'est une fleur ou un insecte, nous ne pouvons pas nous comprendre nous-mêmes. Encore moins ce qu'est l'univers.
Sophie relut plusieurs fois la phrase sibylline, tandis qu'Alberto continuait sur sa lancée :
— Ne nous laissons pas troubler par les serpents de mer et autres apparitions de ce genre. Nous avons encore toute l'éthique formulée par Kant a voir aujourd'hui.
— Alors dépêche-toi, car il faut bientôt que je rentre.
— Le scepticisme de Hume vis-à-vis du message de notre rai son ou de nos sens amena Kant à se poser encore une fois toutes les questions essentielles et à ce titre le problème de la morale est loin d'être accessoire. Hume déclara qu'il était impossible de démêler le vrai du faux, puisque ce qui « est » n'implique pas ce qui « doit être ». Selon lui, pas plus notre raison que notre ejqpérienœ sensible ne nous permettent de distinguer le vrai du faux. Pour lui, c'était une pure question de sentiments.
Ce que Kant trouvait bien trop inconsistant comme fondement de la théorie.
— Là, je suis bien d'accord.
— Kant a toujours ressenti que la distinction entre le bien et le mal recouvrait quelque chose de réel. D rejoignait en cela les rationalistes pour qui la raison permettait de faire le tri. Tous les hommes savent ce qui est bien et ce qui est mal, et nous le savons, non parce que nous l'avons appris mais parce que c'est inscrit dans notre raison. Tous les hommes sont dotés d'une rai son pratique, c'est-à-dire d'une faculté propre à la raison qui nous permet en toute occasion de distinguer le bien du mal sur le plan de la moralité.
— C'est donc inné ?
— Oui, la faculté de distinguer le bien du mal est innée comme toutes les autres qualités de la raison. De même que tous les hommes admettent le principe de causalité au sein de l'univers, tous ont accès à la même
— Et que dit cette loi morale?
— Parce qu'elle précède toute expérience, elle est dite « for melle ». En d'autres termes, elle n est liée à aucune situation particulière où se poserait un problème de choix. Elle vaut pour tous les hommes quelles que soient leur époque et leur société. Elle ne dit pas ce qu'il faut feiire ou ne pas feiire dans telle ou telle circonstance, mais ce qu'il convient de feiire en