— Bon, il est temps que tu rentres chez toi, finit-il par dire. Je te ferai signe pour notre prochaine rencontre sur le roman tisme. Nous parlerons alors de Hegel et de Kierkegaard. Il ne nous reste qu'une semaine avant le retour du major. D'ici là il faut que nous nous soyons libérés de son imagination tentacu- laire. Je ne t'en dis pas plus, Sophie, mais sache que je suis en train d'élaborer un plan fabuleux pour nous deux.
— Alors je m'en vais.
— Attends ! Nous avons peut-être oublié le plus important.
— Ah bon?
— La chanson d'anniversaire, Sophie. N'oublie pas que Hilde a quinze ans aujourd'hui.
— Moi aussi.
— C'est vrai. Allez, on chante!
Ils se levèrent tous les deux et entonnèrent :
—
Il était quatre heures et demie. Sophie courut vers le lac et rama de l'autre côté. Elle tira la barque parmi les roseaux et traversa le bois en courant.
Elle aperçut soudain sur le sentier quelque chose qui bou geait entre les troncs d'arbres. Elle pensa au Petit Chaperon rouge qui se rendait seule chez sa grand-mère, mais la sil houette était beaucoup plus petite.
Elle se rapprocha. La silhouette avait la taille d'une poupée, de couleur brune, mais avec un pull-over rouge.
Elle s'arrêta comme clouée sur place en comprenant que c'était un petit ours en peluche.
Qu'on abandonne un ours en peluche dans la forêt n'était pas en soi une chose extraordinaire, mais celui-ci était bien vivant et semblait très occupé.
— Bonjour ! lança Sophie.
La frêle silhouette se retourna sur-le-champ.
— Je m'appelle Winrae l'Ourson, répondit le petit ours. Je me suis perdu dans la forêt, sinon cela aurait été une belle jour née. Mais je ne t'ai encore jamais vue, toi?
— Peut-être que c'est moi qui ne suis jamais venue ici avant dit Sophie. Et toi, tu es chez toi dans la Forêt-des-cent-soixante- matias.
— Non, je ne sais pas compter jusque-là. N'oublie pas que je suis un ourson qui n'a pas beaucoup de cervelle.
—J'ai entendu parler de toi.
— Alors, c'est toi qui t'appelles Alice. Christopher Robin m'a parlé de toi un jour, c'est comme ça qu'on a dû se rencontrer. Tu as vidé une bouteille et es devenue de plus en plus petite. Ensuite tu as bu d'une autre bouteille et tu as retrouvé ta taille. Il faut vraiment faire attention à ce qu'on met dans sa bouche. Un jour j'ai tellement mangé que je ne pouvais plus sortir d'un terrier.
— Je ne suis pas Alice.
— Ça n'a pas grande importance de savoir qui on est. L'essentiel, c'est d'exister. C'est la Chouette qui dit ça et elle est très intelligente. Sept et quatre font douze, voilà ce qu'elle a dit comme ça un dimanche en passant. I-Ah et moi étions très embarrassés, car c'est pas facile de calculer. De prévoir le temps qu'il va faire, ça c est autrement plus facile.
— Je m'appelle Sophie.