Elles rejoignirent les adultes qui s'étaient un peu dégelés pendant leur absence. Sophie tendit à sa mère le texte de 1 invi tation qu'elle avait recopié à la plume.
— En dix-huit exemplaires s'il te plaît, glissa-t-elle.
Ce n'était pas la première fois qu'elle demandait à sa mère de lui faire des photocopies à son travail.
Sa mère parcourut le texte avant de le tendre au conseiller financier lngebrigtsen.
— Jugez par vous-même. Elle a l'esprit complètement dérangé.
— Ça me paraît plutôt amusant, déclara le père de Jorunn en faisant passer l'invitation à sa femme. J'aurais bien aimé être invité a cette fête.
Puis ce fut le tour de la mère de Jorunn qui s'exclama :
— Non, vraiment, j'ai trop envie de voir ça! Allez, laisse- nous venir, Sophie ï
— Bon, alors ça fera vingt exemplaires, dit Sophie en les pre nant au mot.
— T'es complètement folle ou quoi? se récria Jorunn.
Avant d'aller se coucher ce soir-là, Sophie regarda longue ment par la fenêtre. Elle se souvint de la silhouette d'Alberto Knox entr'aperçue la première fois dans l'obscurité. C'était il y a un mois. On était à une heure avancée de la nuit, mais c'était à présent une claire nuit d'été.
Alberto ne donna pas signe de vie avant le mardi matin. D appela peu après que la mère de Sophie fut partie au travail.
— Allô, Sophie/ C'est Alberto Knox.
— Je m'en doutais.
— Excuse-moi de ne pas t'avoir donné de mes nouvelles plus tôt, mais j'ai passé beaucoup de temps à peaufiner notre plan.
Quand le major s'occupe uniquement de toi, je peux enfin me concentrer et travailler sans être dérangé.
— C'est bizarre.
— Non, je peux alors me cacher, tu comprends ? Même le meilleur service secret du monde connaît des limites, surtout quand il n'a qu'un seul agent... Au fait, j'ai reçu une carte de toi.
— Un carton d'invitation, tu veux dire.
— Tu en as vraiment le courage?
— Pourquoi pas ?
— On ne sait jamais ce qui peut se passer au cours de soirées de ce genre.
— Alors tu viens ?
— Bien sûr que je viens. Mais il y a autre chose. As-tu réflé chi au fait que c est le jour même où le père de Hilde revient du Liban?
— Euh... non.
— À mon avis ce n'est pas un hasard qu'il te laisse organiser une réception philosophique le jour même de son retour à Bjerkefy.
— Je t'ai déjà dit que je n'y avais pas fait attention.
— Mais lui, oui. Enfin, on en reparlera. Tu peux venir au chalet ce matin ?
— C'est-à-dire que je devais désherber les plates-bandes...
— Alors disons vers deux heures. Ça ira ?
— D'accord.
Comme la dernière fois, Alberto Knox l'attendait assis sur les marches.