Sophie avait tenté de lui adresser la parole directement en lui demandant de se révolter contre son père. Elle était vrai ment parvenue à semer le doute dans son esprit. Et si elle sui vait leur plan...
Sophie et Alberto étaient hors d'état de toucher un cheveu de la tête de son père, mais Hilde, elle... A travers elle, Sophie pouvait s'approcher de son père.
Elle reconnaissait qu'Alberto et Sophie n'avaient pas tort quand ils reprochaient à son père d'aller trop loin dans son jeu avec ses personnages. Il les avait inventés de toutes pièces, soit, mais il y avait des limites à ce qu'il pouvait faire d'eux.
Pauvres Sophie et Alberto ! Ils étaient tout aussi sans défense vis-à-vis de l'imagination du major que l'écran est sans défense vis-à-vis du projectionniste.
Pour ça, oui, elle allait lui en faire voir de toutes les cou leurs quand il rentrerait ! Elle imaginait déjà les grandes lignes du bon tour qu'elle allait lui jouer.
Elle alla à la fenêtre et regarda la baie. Il était presque deux heures. Elle ouvrit la fenêtre et cria en direction du hangar à bateau :
— Maman !
Sa mère sortit sur-le-champ.
— Je descends t'apporter quelques tartines dans une heure, ça te va ?
— Oui, très bien.
— Je dois juste lire un peu sur Hegel.
Alberto et Sophie s'étaient assis chacun dans leur fauteuil près de la fenêtre qui donnait sur le lac.
—
S
ié à léna, il obtint un poste de professeur à l'université de
eidelberg qui était alors le centre du romantisme national allemand. Enfin, à partir de 1818, il obtint une chaire à Berlin qui était déjà, à cette époque, en passe de devenir le centre intel lectuel de toute l'Allemagne. Il mourut en 1831 du choléra, mais l'hégélianisme avait d'ores et déjà trouvé un large public dans la plupart des universités allemandes.
— Il a somme toute plutôt réussi.
— Son œuvre de philosophe, surtout. Hegel réunit et déve loppa les principaux courants de pensée des romantiques, ce qui ne l'empêcha pas d'exercer une critique virulente à l'égard de la philosophie de Schelling.
— Que critiquait-il?
—Schelling et les autres romantiques voyaient dans ï'« esprit du monde » l'origine de l'existence. Hegel aussi utilise l'expression d'« Esprit du monde », mais il lui donne un tout autre sens. Quand Hegel parle de l'« Esprit du monde » ou de la « raison du monde », il veut dire la somme de toutes les mani festations à caractère humain. Car seul l'homme a un « esprit ». C'est dans ce sens que nous pouvons parler de la progression de l'Esprit du monde à travers l'histoire. Nous ne devons jamais oublier que nous parlons de la vie, des pensées et de la culture des hommes.
— Cet Esprit devient un peu moins fantomatique, si je comprends bien? D ne reste pas tapi aux creux des pierres et des arbres comme une intelligence assoupie.