À ces mots, le jeune garçon frotta sa lampe et une épaisse fumée s'éleva dans les airs. Bientôt une silhouette d'homme, avec une barbe comme Alberto et un béret bleu, apparut dans la fumée.
— Tu m'entends, Hilde? cria tout en flottant dans les airs le génie de la lampe. Je suis cette fois en retard pour te souhaiter un bon anniversaire. Je voulais juste te dire que Bjerkefy et la côte sud de Norvège m'apparaissent aussi merveilleux que dans un conte. Enfin, on se verra dans quelques jours.
Le génie se volatilisa et tout le nuage de fumée retourna à l'intérieur de la lampe à huile. Le petit garçon au turban prit la lampe sous le bras et courut vers la forêt où il disparut.
— C'est... c'est vraiment incroyable, articula Sophie avec peine.
— Bof, c'est du cinéma tout ça
— Le génie a parlé exactement comme le père de Hilde.
— Ce n'était qu'une émanation de son esprit.
— Mais...
— Td et moi, ainsi que tout ce qui se passe autour de nous, n'existons qu'au plus profond de la conscience du major. Il est tard, ce samedi 28 avril, tous les soldats des Nations unies dor ment sauf le commandant qui veille encore mais est au bord du sommeil lui aussi. D doit se hâter de terminer le livre s'il veut jouvoir l'envoyer pour les quinze ans de sa fille Hilde. C'est jourquoi le pauvre homme doit travailler et rogner sur ses îeures de sommeil.
— Je crois que je laisse tout tomber.
— Fin du paragraphe, coupez !
Sophie et Alberto laissèrent leurs regards flotter sur le lac. Alberto semblait s'être transformé en veritable statue de pierre. Aussi Sophie attendit-elle un bon moment avant d'oser lui taper sur l'épaule.
— Tu as perdu ta langue?
— Il attaque carrément de front à présent. Les derniers paragraphes nous sont dictés par lui jusqu'au moindre détail. Et dire qu'il n'en a rien à faire ! Enfin, on peut dire qu'il s'est démasqué, qu'il s'est complètement mis à nu. Nous savons dorénavant que nous vivons notre vie de personnages dans un livre que le pere de Hilde a envoyé à sa fille pour son anniver saire. Tu as bien entendu ce que j'ai dit? Enfin... ce n'est pas vraiment « moi » qui ai dit ça.
— Si tout cela est vrai, j'aimerais bien m'échapper du livre et voler de mes propres ailes.
— C'est justement ça, mon plan secret. Mais avant cela, il nous faut parler à Hilde. Elle ne perd pas un traître mot de tout ce que nous disons. Mais une fois que nous aurons réussi à partir d'ici, il nous sera beaucoup plus difficile de reprendre contact avec elle. Aussi devons-nous saisir l'occasion mainte nant.
— Qu'allons-nous lui dire ?
— Je crois que le major est à deux doigts de s'endormir au- dessus de sa machine à écrire, même si ses mains continuent fié vreusement à courir sur le clavier...
— Ça fait tout drôle d'y penser.
— C'est précisément le moment où il peut se laisser aller à écrire des choses qu'il regrettera par la suite. Et il n'a pas d'effaceur à sa disposition, Sophie. Cela est un élément non négligeable dans mon plan. Gare à celui qui donnera un effa- ceur au major Albert Knag !
— Ce ne sera pas moi, en tout cas.