— La vie apparut d'abord dans l'« océan » primitif, c'est-à- dire dans cette « soupe primitive » dont nous avons déjà parlé. Ils pouvaient y vivre dans un milieu protégé du rayonnement dangereux. Beaucoup plus tard — longtemps après que la vie dans l'océan eut formé l'atmosphère —, les premiers amphibies rampèrent hors de l'eau et gagnèrent la terre. La suite, tu la connais. Et nous voilà tous les deux assis dans un chalet dans la forêt à regarder en arrière et considérer un processus qui a pris trois ou quatre milliards d'années. C'est en nous que ce long processus a pris conscience de lui-même.
— Et tu continues à penser que tout n'est que le fruit du hasard?
— Non, je n'ai pas dit cela. Cette reproduction montre bien que l'évolution a eu une direction. Au cours des millénaires, les animaux ont développé un système nerveux de plus en plus complexe ainsi qu'un cerveau de plus en plus important. Je ne crois pas pour ma part que cela soit le fait du hasard. Et toi, qu'est-ce que tu en penses?
— L'œil de l'homme ne peut pas être un pur et simple fait du hasard. Crois-tu qu'il y ait une signification derrière le fait que nous pouvons voir le monde qui nous entoure?
— Cette évolution de l'œil a aussi intrigué Darwin. Il trou vait que l'œil, qui est quelque chose d'infiniment subtil, ne cadrait pas tout à fait avec le système de la sélection naturelle.
Sophie regarda Alberto en silence. Elle réfléchissait qu'il était décidément bien étrange d'être en vie maintenant, de ne vivre qu'une seule fois et de ne plus jamais revenir sur cette terre. Elle s'écria soudain :
— Que signifie alors l'éternelle création?
Emporter l'être créé et le réduire à rien ?
Alberto lui jeta un regard sévère :
— Tu ne dois pas parler comme ça, tu viens de prononcer les paroles du diable.
— Du diable?
— De Méphistophélès dans le
— Mais qu'est-ce que ça veut dire exactement?
— Au moment de mourir, Faust jette un regard en arrière sur toutes ses actions et clame d'un ton triomphant :
— C'est joliment exprimé.
— Mais c'est au tour du diable de prendre la parole. Faust n'a plus longtemps à vivre, lanœ-t-il :
— Quel pessimisme ! Je préférais encore la première citation. Même si sa vie était terminée, Faust voyait un sens dans les traces qu'il avait laissées derrière lui.