Au fond, n'est-ce pas indirectement une conséquence de la théorie de Darwin sur l'évolution si chaque forme de vie, si infime soit-elle, participe à sa façon à quelque chose d'infini ment plus grand ? La planète vivante, c'est nous, Sophie ! Nous sommes le grand bateau qui navigue autour d'un soleil brûlant au sein de l'univers. Mais chacun d'entre nous est aussi un bateau qui traverse la vie avec son chargement de gènes. Si nous parvenons à livrer la marchandise à bon port, nous n'aurons pas vécu en vain. Le grand poète norvégien du xixe siècle, BiOrnstjerne BjOrnson, exprima la même idée dans son poème Psaume II:

Honore le court printemps de la vie Qui est à l'origine de toute chose sur terre ! Le plus infime connaîtra lui aussi une résurrection,

Seules les formes se perdent. Les générations engendrent de nouvelles générations, Laissant s 'épanouir l'humanitéplus a vant ; L'espèce engendre l'espèce Pendant des millions d'années. Les mondes déclinent et renaissent.

Mêle-toi à lajouissance de la vie, toi qui pus fleurir En son printemps, Sa voure chaque instant comme un hommage de l'éternel Offert à la condition des hommes ; Apporte ta modeste contribution Au tourbillon infini, Même faible et insignifiant,

Enivre-toi De l'éternité de cette journée !

Comme c'est beau !

Bon, assez parlé. Je dis « Coupez » !

Allez, arrête avec ton ironie.

« Coupez ! » j'ai dit et il faut m'obéir.

31 Freud

... ce désir inavouable et égoïste qui avait surgi en elle...

Hilde MOller Knag sauta au bas du lit en tenant toujours le classeur serré dans ses bras. Elle le posa sur son bureau, prit en passant ses vêtements pour se rendre à la salle de bains, resta deux minutes sous la douche et s'habilla à toute allure. Puis elle descendit.

— Le petit déjeuner est servi, Hilde !

— Je veuxjuste d'abord faire un tour en barque.

— Mais enfin, Hilde !

Hilde sortit en courant et traversa le jardin. Elle détacha les amarres du bateau et sauta dedans. Puis elle fit le tour de la baie en donnant de grands coups de rames énergiques jusqu'à ce qu'elle sente le calme revenir en elle.

La planète vivante, c'est nous, Sophie! Nous sommes le grand bateau qui navigue autour d'un soleil brûlant au sein de Funivers. Mais chacun de nous est aussi un bateau qui tra verse la vie avec son chargement de gènes. Si nous parvenons à livrer la marchandise à bon port, nous n'aurons pas vécu en vain...

Elle s'en souvenait par cœur. Il faut aussi dire que ça lui était spécialement adressé, et non à Sophie.

Elle ramena les rames et les laissa glisser dans le fond de la barque. Puis elle se laissa dériver, bercée par le clapotis des vagues.

A l'image de cette modeste barque qui flottait sur la surface d'une petite baie à Lillesand, elle-même n'était qu'une coquille de noix dérivant à la surface de la vie.

Que devenaient Sophie et Alberto dans cette image ? Oui, où étaient-ils à présent ?

Elle ne pouvait se résoudre à accepter l'idée que ces deux êtres n'étaient que des « impulsions électromagnétiques » dans le cerveau de son père, qu'ils n'étaient que des créa tures d'encre et de papier produites par la machine à écrire portative de son père. A ce compte, elle-même n'était-elle que la somme de protéines combinées entre elles qui un jour avaient pris forme dans un « petit étang aux eaux tièdes » ? Elle était quand même autre chose que ça. Elle était Hilde MOller Knag !

Certes, le grand classeur était un cadeau d'anniversaire vraiment fantastique. Elle devait admettre que son père avait touché en elle une corde sensible, mais elle n'aimait pas sa manière de se moquer d'Alberto et de Sophie.

Elle allait lui donner un peu de fil à retordre sur le chemin du retour. Elle leur devait bien ça, à tous les deux. Elle se représentait son papa à l'aéroport de Copenhague, arpentant les longs couloirs, perdu comme un lutin en vadrouille.

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