— Non, tu as mal écouté. Elle pensait justement qu'il n'existe pas de « nature féminine » ou de « nature masculine ». Bien au contraire : il était du devoir des hommes, selon elle, de se libérer de ces préjugés et de ces idéaux fortement ancrés.
— Là, je suis bien d'accord avec elle.
— Son livre le plus important parut en 1949 sous le titre
— Qu'est-ce qu'elle entendait par là?
— Elle pensait à la femme. C'est elle que notre culture a relé guée au rang de « deuxième sexe ». Les femmes étant réduites à n'être que des objets pour les hommes, eux seuls apparaissent comme des sujets. La femme perd ainsi la responsabilité de sa propre vie.
— Ah!...
— Cette responsabilité, il fàut la reconquérir. Elle doit se retrouver et ne plus lier son identité à celle de l'homme. Car l'homme n'est pas seul à opprimer la femme. Elle s'opprime elle-même en n assumant pas la responsabilité de sa propre vie.
— Tu veux dire que c'est nous qui décidons si nous voulons être réellement libres et indépendants?
— Si tu veux. L'existentialisme a influencé la littérature à partir des années 40 jusqu'à aujourd'hui. Sans parler du théâtre. Sartre écrivit aussi des romans et des pièces. Il fàut mentionner
— Bon.
— Tu comprends ce que signifie le terme « absurde », n'est- ce pas?
— Je crois que cela veut dire quelque chose qui n'a pas de sens, qui est contraire à la raison.
— Exactement. Le « théâtre de l'absurde » s'oppose au « théâtre réaliste ». Le but consistait à montrer sur scène l'absurdité de l'existence pour amener le public à réagir. Il ne s'agissait pas de cultiver l'absurde pour l'absurde. Bien au contraire : en exposant, en mettant à nu le côté absurde de cer tains événements de la vie de tous les jours, le public devait être contraint de trouver une forme d'existence plus authentique.
— Continue !
— Ce théâtre de l'absurde met souvent en scène des situa tions tout ce qu'il y a de banal. On a pu à ce titre dire que c'était presque une forme d'« hyperréalisme ». L'homme est représenté exactement tel qu'il est. Mais si tu montres sur une scène de théâtre exactement ce qui se passe dans une salle de bains un matin comme les autres dans la maison de monsieur Tout le monde, je te garantis que le public est plié en deux. On peut interpréter ce rire comme étant une protection qui évite à chacun de se reconnaître mis à nu sur scène.
— Je comprends.