Ils passèrent devant un grand magasin spécialisé dans les chaînes hi-fi, les téléviseurs, magnétoscopes, antennes parabo liques, téléphones portables, ordinateurs et autres télécopieurs.
— Tu as devant toi, Sophie, tout le xxe siècle, commenta Alberto en montrant du doigt la vitrine. Le monde a pour ainsi dire explosé à partir de la Renaissance. Dès l'époque des grandes découvertes, les Européens commencèrent à voyager dans le monde entier. Mais aujourd'hui, c'est le contraire qui se produit. C'est en quelque sorte une explosion dans le sens opposé.
— Attends, qu'est-ce que tu veux dire par là ?
— Je veux dire par là que le monde entier est pris dans les filets d'un gigantesque réseau de communiai!ion. Il n'y a pas si longtemps que ça, les philosophes devaient voyager plusieurs jours à cheval et en voiture de poste pour se déplacer ou ren contrer d'autres penseurs. De nos jours, il nous suffit d'appuyer sur une touche d'ordinateur pour avoir immédiate ment la somme des connaissances humaines sur son écran.
— C'est quand même assez fabuleux, quand on y pense. Ça fait presque un peu peur.
— Toute la question est de savoir si l'histoire s'achemine vers sa fin ou si au contraire nous sommes à l'orée d'une toute nou velle époque. Nous ne sommes plus seulement les citoyens d'une ville ou d un seul État. Nous vivons à l'échelle planétaire.
— C'est vrai.
— Le développement technique — il suffi de penser à l'évo lution des moyens de communication — a connu un essor plus important ces trente ou quarante dernières années qu'au cours de toute l'histoire qui a précédé. Et ce n'est peut-être qu'un début...
— C'est ça que tu voulais me montrer?
— Non, viens, c'est de l'autre côté de l'église.
Au moment où ils s'apprêtaient à partir, des soldats en uniforme des forces de 1 ONU apparurent sur un écran de télévision.
— Oh ! regarde ! s'écria Sophie.
La caméra filmait à présent un soldat en gros plan. Il avait presque la même barbe noire qu'Alberto. Il brandit soudain une pancarte sur laquelle était écrit :
— Ah ! quel charlatan, celui-là !
— C'était le major?
— Je ne veux même pas répondre.
Ils traversèrent le parc devant l'église et débouchèrent sur une large avenue. Alberto faisait visiblement la tête, mais il montra du doigt une grande librairie. Elle s'appelait Libris et était la plus importante de la ville.
— Cest là?
— Entrons.
Une fois à l'intérieur, Alberto indiqua le mur où se trou vaient le plus de livres. Il se divisait en trois rayons : New Age, Mouvements alternatifs et Mystique.
Les titres étaient aguicheurs :
— Voilà, notre xxe siècle, c'est aussi ça. Ceri est le temple de notre temps.
— Tu ne crois pas à ce genre de choses?