Albert ne savait toujours pas s'il était vraiment en colère ou simplement mort de fatigue. Soudain, il se mit à rire. Il rit si fort que les passagers autour de lui se retournèrent et le regardèrent d'un air surpris. Puis l'avion décolla.
Elle lui avait tout bonnement rendu la monnaie de sa pièce. Mais ça faisait un drôle d'effet. Certes, il avait manipulé Sophie et Alberto, mais eux n'étaient que le produit de son imagination.
Il fit ce que Hilde lui avait conseillé de faire. Il fit basculer le dossier de son siège et piqua un somme.
Il ne se réveilla tout à fait qu'après avoir passé le contrôle des passeports, quand il se retrouva dans le hall d'arrivée. Il fut alors accueilli par une véritable manifestation.
Ils étaient environ une dizaine, la plupart de l'âge de Hilde. On pouvait lire sur les pancartes : « BIENVENUE À LA MAISON, PAPA! », « HILDE T'ATTEND DANS LE JARDIN » et « L'IRONIE CONTINUE ».
Le pire, c'était qu'il ne pouvait pas sauter dans un taxi. Il devait attendre ses bagages. Et pendant tout ce temps, les camarades de classe de sa fille tournaient autour de lui, l'obligeant à lire et relire ces pancartes. Mais quand une des filles vint lui donner un bouquet de roses, il fondit. Il glissa la main dans un des sacs en plastique et distribua les choco lats à tous les manifestants. Il n'en restait plus que deux pour Hilde. Quand il eut enfin récupéré ses bagages sur le tapis
roulant, un jeune homme s'avança, expliqua qu'il agissait sur ordre de la Reine du Miroir et qu'il avait pour mission de le ramener à Bjerkely. Les autres manifestants se perdirent dans la foule.
Ils prirent la E18. Au-dessus de tous les tunnels et tous les ponts, des banderoles disaient : « BIENVENUE À LA MAISON ! », « LA ONDE TATTEND », « JE TE VOIS, PAPA ! ».
Quand ils arrivèrent enfin à Bjerkely, Albert Knag poussa un soupir de soulagement et glissa au chauffeur un billet de cent couronnes ainsi que trois canettes de bière Carlsberg en guise de remerciement.
Sa femme Marit l'attendait sur le pas de la porte. Il l'embrassa longuement avant de demander :
— Et elle, où est-elle?
— Elle est sur la jetée, Albert.
Alberto et Sophie garèrent la voiture de sport rouge sur la place du Marche à Lillesand, devant l'hôtel Norge. Il était dix heures moins le quart. Ils aperçurent un grand feu de joie sur une des îles de la côte.
— Comment allons-nous faire pour trouver Bjerkely? demanda Sophie.
— Il suffit de chercher.
— Mais il faut se dépêcher. Je voudrais être là-bas avant lui.
Ils prirent des petites routes, mais coupèrent par des collines
et des rochers. Une chose était sûre : Bjerkely se trouvait au bord de la mer.
Tout à coup Sophie poussa un cri :
— C'est là ! Nous l'avons trouvé !
— Je crois que tu as raison, mais il ne faut pas crier comme ça.