Sophie resta pétrifiée, comme collée à l'asphalte. Quelle était la date du cachet de la poste sur la carte précédente ? Quelque chose en elle lui disait que l'autre carte avait aussi été oblitérée en juin, bien qu'il restât encore un mois d'ici là. Mais elle n'avait peut-être pas fait attention...
Elle regarda sa montre et rentra précipitamment à la mai son. Tant pis si elle était en retard.
Elle referma la porte à clé derrière elle et monta dans sa chambre où elle retrouva sous le foulard de soie rouge la pre mière carte adressée à Hilde. Elle ne s'était pas trompée ! Le cachet indiquait le 15 juin, c'est-à-dire l'anniversaire de Sophie et le dernier jour de classe avant les grandes vacances.
Tout en courant rejoindre Jorunn au centre commercial, ses pensées se bousculaient.
Qui était Hilde? Comment son père pouvait-il être aussi sûr que Sophie la retrouverait? De toute façon, c'était com plètement absurde de lui envoyer des cartes à elle plutôt qu'à sa fille directement. Il devait quand même connaître l'adresse de sa propre fille ! C'était une plaisanterie ou quoi ? Voulait-il faire une surprise à sa fille en se servant d'une inconnue pour jouer les détectives et les messagers ? Etait-ce pour cette rai son que les cartes étaient antidatées d'un mois ? S'imaginait-il en la prenant comme intermédiaire offrir à sa fille une nou velle amie en cadeau d'anniversaire? Etait-ce elle ce cadeau qui devait « durer toute la vie » ?
Si cet étrange père se trouvait vraiment au Liban, com ment avait-il obtenu son adresse ? Sophie et Hilde avaient en tout cas deux points communs. Si l'anniversaire de Hilde tombait aussi un 15 juin, elles étaient nées le même jour et avaient toutes les deux un papa qui voyageait dans le vaste monde.
Sophie se sentit entraînée dans un univers magique. Après tout, croire au destin, ce n'était pas si idiot que ça. Mais elle ne devait pas tirer des conclusions trop hâtives, il existait cer tainement une explication. Cela dit, comment se faisait-il qu'Alberto Knox ait retrouvé le portefeuille de Hilde alors qu'elle habitait à Lillesand, à des dizaines de kilomètres du chalet ? Et pourquoi Sophie avait-elle trouvé la carte postale par terre? Est-ce que le postier l'avait perdue de sa sacoche juste avant d'arriver à la boîte aux lettres de Sophie? Mais dans ce cas pourquoi juste cette carte-là?
Non mais tu as vu l'heure? s'écria Jorunn en apercevant enfin Sophie.
—Je sais...
Jorunn lui jeta un regard aussi sévère que celui d'un pro fesseur d'école :
J'espère que tu as une excuse valable.
C'est à cause de l'ONU, répondit Sophie. J'ai été rete nue par une milice ennemie au Liban.
Arrête avec tes histoires ! T'es amoureuse, c'est ça?
Puis elles coururent à l'école aussi vite que possible.
L'interrogation écrite du cours de religion que Sophie
n'avait pas eu le temps de réviser eut lieu en troisième heure. Tel était l'intitulé du sujet :
Sophie se concentra longuement avant d'écrire la première ligne. Pouvait-elle se servir de certaines choses qu'elle avait apprises d'Alberto Knox? Elle y était en fait obligée, car cela faisait plusieurs jours qu'elle n'avait même pas ouvert son
livre de religion. À peine avait-elle commencé que les phrases jaillirent de sa plume.