L'erreur de jugement d'Aristote sur les hommes et les femmes fut particulièrement désastreuse, car c'est sa concep tion — et non celle de Platon — qui prévalut jusqu'au Moyen Âge. L'Église hérita ainsi d'une conception ae la femme qui ne reposait aucunement sur la Bible. Jésus, lui, n'était pas misogyne !
Je ne t'en dis pas plus! Mais tu auras bientôt de mes nouvelles.
Quand Sophie eut lu et relu le chapitre sur Aristote, elle rangea les feuilles dans l'enveloppe jaune et, jetant un coup d'œil sur sa chambre, fut frappée du grand désordre qui y régnait. Le sol était jonché de livres et de classeurs. L'armoire débordait de chaussettes, de collants, de chemisiers et de jeans. Sur la chaise de son bureau s'entassaient pêle-mêle des vêtements à mettre au sale.
Sophie sentit monter en elle une irrésistible envie de
Elle arriva à tout ranger, sauf une chose : un mi-bas blanc. D'abord il n'y en avait qu'un et de plus il n'était pas à elle.
Elle l'examina sous toutes les coutures. Aucun nom n'était indiqué, mais Sophie avait de sérieuses présomptions quant à l'identité de sa propriétaire. Elle le jeta sur l'étagère du haut où se trouvaient déjà le Lego, la cassette vidéo et le foulard en soie rouge.
Puis ce fût au tour du plancher. Sophie tria les livres, les classeurs, les revues et les posters — exactement comme l'avait décrit le professeur de philosophie dans son chapitre sur Aristote. Quand tout fût enfin rangé, elle fit son lit puis s'attaqua à son bureau.
Pour finir, elle rassembla toutes les feuilles consacrées à Aristote et les remit en ordre. Elle prit une poinçonneuse, per fora les feuilles et les rangea soigneusement dans un classeur qu'elle glissa ensuite sur l'étagère du haut avec le mi-bas blanc. Plus tard dans la journée, elle irait rechercher la boîte à gâteaux dans sa cabane.
A partir de maintenant, les choses allaient être en ordre. Cela ne s'appliquait pas seulement à ce qui était dans sa chambre, mais, après avoir lu Aristote, elle comprit qu'il était également important d'avoir de l'ordre dans ses idées et ses concepts. Elle avait réservé toute l'étagère du haut à ce genre de questions. C'était le seul endroit de la pièce qui finalement continuait à lui échapper.
Cela faisait plusieurs heures que sa mère ne s'était pas manifestée. Sophie descendit l'escalier. Avant de réveiller sa mère, elle tenait d'abord à nourrir ses animaux.
Dans la cuisine, elle se pencha au-dessus du bocal des pois sons. L'un d'eux était noir, l'autre orange et le troisième blanc et rouge. C'est pourquoi elle les avait surnommés Pirate noir, Boucle d'or et Petit Chaperon rouge. Tout en leur jetant des glaçons et des daphnies, elle leur dit :
Vous appartenez au monde vivant de la nature; c'est pourquoi vous pouvez vous nourrir, grandir et vous dévelop per. D'une manière plus définie, vous appartenez au monde animal : vous pouvez bouger et regarder autour de vous. Pour être encore plus précis, vous êtes des poissons, aussi vous pouvez respirer avec des branchies et nager en tous sens dans l'eau de la vie.
Sophie remit le couvercle sur la boîte de daphnies. Elle se sentait satisfaite de la place des poissons rouges dans l'ordre de la nature, et tout particulièrement de l'expression « l'eau de la vie ». Puis ce fut au tour des perruches. Sophie plaça un peu de nourriture dans la coupelle en disant :
Chers Cricri et Grigri ! Vous êtes devenues d'adorables perruches en vous développant à partir d'adorables œufs de perruches et parce qu'il était dans la nature de ces œufs de donner des perruches, vous n'êtes heureusement pas deve nues d'horribles perroquets jacasseurs.
Sophie alla dans la salle de bains. C'est là, dans un grand carton, que vivait sa tortue si paresseuse. Régulièrement, disons une fois sur trois ou quatre, elle entendait sa mère hurler sous la douche qu'elle finirait un jour par la tuer. Mais ce n'était qu'une menace en l'air. Elle sortit une feuille de salade d'un grand pot de confiture et la déposa au fond du carton.