« Ça va pas du tout ! Jamais j’aurais cru que ça se verrait autant ! » marmonna-t-il, et il revint sur ses pas en toute hâte. Soudain, il s’arrêta et dressa l’oreille. Était-ce un sifflement qu’il venait d’entendre ? Peut-être était-ce le cri de quelque oiseau étrange ? Si quelqu’un avait sifflé, ce ne pouvait être Frodo, car le son venait d’ailleurs. Et le voilà qui resurgissait d’un autre endroit ! Sam s’empressa de remonter la pente en courant de son mieux.
Il découvrit qu’un petit tison avait brûlé jusqu’à l’extrémité et allumé des fougères en bordure du cercle ; et les fougères, s’enflammant, avaient fait fumer les mottes de gazon. Il se dépêcha de piétiner ce qui restait du feu et d’en disperser les cendres, puis il remit le gazon en place. Enfin, il alla retrouver Frodo.
« Avez-vous entendu un sifflement, et ce qui ressemblait à une réponse ? demanda-t-il. Il y a quelques minutes. C’était seulement un oiseau, j’espère, mais on aurait dit autre chose : plus comme l’imitation d’un cri d’oiseau, j’ai trouvé. Et j’ai bien peur que mon petit feu ait fumé. Alors là, si je nous ai attiré des ennuis, je me le pardonnerai jamais. J’en aurai même pas l’occasion, si ça se trouve ! »
« Chut ! souffla Frodo. J’ai cru entendre des voix. »
Les deux hobbits ficelèrent leurs petits paquets et les passèrent sur leurs épaules, prêts à fuir ; mais entre-temps, ils s’enfoncèrent plus avant dans les fougères. Ils s’y tinrent accroupis, tendant l’oreille.
Les voix ne faisaient aucun doute. Elles parlaient tout bas et furtivement, mais elles n’étaient pas loin et continuaient d’approcher. Puis tout à coup, l’une d’elles retentit à côté d’eux.
« Ici ! C’est d’ici que venait la fumée ! Elle doit être toute proche. Dans les fougères, sans aucun doute. Nous la prendrons comme un connil dans un collet. Nous verrons alors de quelle sorte de bête il s’agit. »
« Oui, et ce qu’elle sait ! » dit une deuxième voix.
Quatre hommes surgirent alors de toutes parts, marchant à travers les fougères. Sans plus aucune possibilité de fuir ou de rester cachés, Frodo et Sam se dressèrent d’un bond et se mirent dos à dos, sortant leurs petites épées d’un geste brusque.
S’ils furent surpris de ce qu’ils virent, leurs assaillants le furent encore bien plus. Quatre hommes de haute stature se trouvaient là. Deux d’entre eux tenaient de brillantes lances à large fer. Les deux autres étaient armés de grands arcs, presque aussi hauts qu’eux-mêmes, et de grands carquois remplis de flèches aux pennes vertes. Tous étaient munis d’une épée qui pendait à leur ceinture, et ils étaient vêtus de différents tons de vert et de brun, comme pour mieux rester invisibles dans les clairières de l’Ithilien. Des gants verts couvraient leurs mains, et leur figure encapuchonnée était masquée de vert, à l’exception de leurs yeux, très brillants et vifs. Frodo pensa aussitôt à Boromir, car ces Hommes lui ressemblaient par leur stature et leur maintien, et dans leur façon de parler.
« Nous n’avons point trouvé ce que nous cherchions, dit l’un. Mais qu’avons-nous trouvé ? »
« Pas des Orques », dit un autre, lâchant la poignée de son épée, qu’il avait saisie en voyant l’éclat de Dard à la main de Frodo.
« Des Elfes ? » dit un troisième, d’un ton dubitatif.
« Non ! Pas des Elfes, dit le quatrième, le plus grand, et apparemment leur chef. Les Elfes ne se promènent pas en Ithilien de nos jours. Et ils sont fabuleusement beaux à regarder, du moins le dit-on. »
« Et nous non, si je comprends bien, dit Sam. Vous êtes trop gentils. Et quand vous aurez fini de parler de nous, vous pourriez nous dire qui vous êtes, vous, et pourquoi vous pouvez pas laisser deux voyageurs fatigués se reposer en paix. »
Le plus grand des hommes en vert eut un rire sinistre. « Je suis Faramir, Capitaine du Gondor, dit-il. Mais il n’est pas de voyageurs en ce pays : seulement des serviteurs de la Tour Sombre, et ceux de la Blanche. »
« Mais nous ne sommes ni l’un ni l’autre, dit Frodo. Et nous sommes bien des voyageurs, quoi qu’en dise le capitaine Faramir. »
« Hâtez-vous alors de vous faire connaître, vous et votre mission, dit Faramir. Nous avons à faire, et ce n’est ni le temps ni l’endroit pour les énigmes ou les pourparlers. Allons ! Où est le troisième de votre compagnie ? »
« Le troisième ? »
« Oui, l’espèce de fouine que nous avons vue mettre le nez dans la mare, là en bas. L’air plutôt disgracié. On aurait dit une sorte d’Orque-espion, ou une créature de ce genre. Mais il nous a échappé par quelque renardise. »