Sam avait l’impression de n’avoir sommeillé que quelques minutes quand il se réveilla, constatant que l’après-midi touchait à sa fin et que Faramir était de retour. Cette fois, il s’était fait accompagner de nombreux hommes ; en fait, tous les survivants de l’incursion, facilement deux ou trois cents, étaient à présent réunis sur la pente voisine. Ils se trouvaient assis en un large demi-cercle, entre les bras duquel Faramir était assis par terre, tandis que Frodo se tenait devant lui. La scène ressemblait étrangement au jugement d’un prisonnier.

Sam rampa hors des fougères, mais personne ne fit attention à lui, et il se posta au bout des rangées d’hommes, où il pouvait voir et entendre tout ce qui se passait. Il observa et écouta avec attention, prêt à voler au secours de son maître si besoin était. Il pouvait voir les traits de Faramir, qui avait retiré son masque : son visage était sévère et autoritaire, et une intelligence fine se lisait derrière son regard scrutateur. Le doute habitait ses yeux gris, lesquels étaient fixés sur Frodo.

Sam ne tarda pas à comprendre que le Capitaine n’était pas satisfait du récit fourni par son maître, et ce, en plusieurs points : quel était son rôle au sein de la Compagnie partie de Fendeval, pourquoi il avait quitté Boromir, et où il se rendait à présent. La question du Fléau d’Isildur revenait particulièrement souvent. Visiblement, Faramir devinait que Frodo lui cachait quelque affaire de la plus haute importance.

« Mais c’est à la venue du Demi-Homme que devait apparaître le Fléau d’Isildur ; c’est du moins ce qu’il faut comprendre des vers, insista-t-il. Or, si vous êtes le Demi-Homme dont il est question, il est logique de penser que vous avez apporté cette chose, quelle qu’elle soit, au Conseil dont vous parlez, et que Boromir l’a vue. Le niez-vous ? »

Frodo ne répondit pas. « Bon ! dit Faramir. Je vous demande donc de me dire de quoi il retourne ; car ce qui concerne Boromir me concerne aussi. Une flèche d’orque a tué Isildur, si l’on en croit les vieux contes. Mais les flèches d’orques ne manquent pas, et la vue d’un tel objet n’eût sans doute pas été reconnue comme un signe du Destin par Boromir du Gondor. Cette chose était-elle sous votre garde ? Elle est cachée, dites-vous ; mais n’est-ce pas là votre choix ? »

« Non, ce ne l’est pas, répondit Frodo. Elle ne m’appartient pas. Elle n’appartient à aucun mortel, grand ou petit ; mais s’il en est un qui puisse la revendiquer, il s’agit d’Aragorn fils d’Arathorn, que j’ai déjà nommé, et qui a dirigé notre Compagnie de la Moria au Rauros. »

« Pourquoi lui, et pas Boromir, prince de cette Cité qu’ont fondée les fils d’Elendil ? »

« Parce que Aragorn est issu en ligne directe, de père en fils, d’Isildur fils d’Elendil lui-même. Et l’épée qu’il porte fut autrefois celle d’Elendil. »

Un murmure de stupéfaction parcourut le grand anneau d’hommes. Certains s’écrièrent : « L’épée d’Elendil ! L’épée d’Elendil arrive à Minas Tirith ! Heureuse nouvelle ! » Mais le visage de Faramir demeura impassible.

« Peut-être, dit-il. Mais une telle revendication demande à être établie, et des preuves claires devront être fournies, si cet Aragorn devait se présenter à Minas Tirith. Il n’y était pas, ni aucun de vos compagnons, quand je suis parti il y a six jours. »

« Cette revendication convenait pourtant à Boromir, dit Frodo. D’ailleurs, s’il était ici, il répondrait à toutes vos questions. Et comme il se trouvait déjà au Rauros il y a de cela bien des jours, avec l’intention de se rendre directement dans votre cité, vous pourriez avoir bientôt des réponses, si vous y retournez. Mon rôle au sein de la Compagnie lui était connu, comme à tous les autres, car il m’a été dévolu par Elrond d’Imladris lui-même, devant tout le Conseil. C’est cette mission qui m’a amené dans ce pays, mais il ne m’appartient pas d’en parler à quiconque en dehors des nôtres. Toutefois, ceux qui prétendent s’opposer à l’Ennemi feraient bien de ne pas l’entraver. »

Ses mots étaient orgueilleux, quel que fût son sentiment, et Sam approuvait ; mais Faramir n’en fut pas apaisé.

« Bien ! dit-il. Vous me demandez de me mêler de mes affaires, de m’en retourner chez moi, et de vous laisser tranquille. Boromir me dira tout quand il reviendra. Quand il reviendra, dites-vous ! Étiez-vous son ami ? »

Le souvenir de son agression par Boromir lui revint nettement à l’esprit, et Frodo eut une seconde d’hésitation. Le regard insistant de Faramir se durcit. « Boromir était l’un des plus vaillants de notre Compagnie, finit par dire Frodo. Oui, j’étais son ami, pour ma part. »

Faramir eut un sourire amer. « Seriez-vous donc peiné d’apprendre que Boromir est mort ? »

« J’en serais certainement très attristé », dit Frodo. Puis, lisant dans les yeux de Faramir, il perdit contenance. « Mort ? dit-il. Voulez-vous dire qu’il est mort, et que vous le saviez ? Vous essayiez de m’embobeliner avec des mots, de me faire marcher ? Ou cherchez-vous maintenant à me piéger avec un mensonge ? »

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