« Oui, dit Gandalf, c’était Gwaihir le Seigneur du Vent, lui qui m’avait délivré du pinacle d’Orthanc. Je l’ai envoyé en éclaireur pour surveiller le Fleuve et recueillir des nouvelles. Sa vue est perçante, mais il ne peut voir tout ce qui se passe sous l’arbre ou la colline. Il a vu certaines choses, et il y en a d’autres que j’ai moi-même observées. L’Anneau est désormais au-delà de toute aide que je suis capable d’offrir, moi ou tout autre membre de la Compagnie partie de Fendeval. Il a bien failli être révélé à l’Ennemi, mais il s’est échappé. J’y ai été pour quelque chose, car je me suis assis sur une haute éminence et j’ai lutté contre la Tour Sombre ; et l’Ombre est passée. Alors, j’ai ressenti une grande lassitude, très grande ; et j’ai longuement marché, remuant de noires pensées. »

« Vous savez donc ce que Frodo devient ! dit Gimli. Comment les choses se passent-elles pour lui ? »

« Je l’ignore. Il a été sauvé d’un grave péril, mais de nombreux autres l’attendent. Il a résolu de partir seul au Mordor, et il est en route : c’est tout ce que je puis dire. »

« Pas seul, dit Legolas. Nous croyons que Sam est parti avec lui. »

« Ah ? fit Gandalf, l’œil étincelant et la figure éclairée d’un sourire. Ah oui, vraiment ? Vous me l’apprenez, mais je ne suis pas surpris. Bien ! Très bien ! Vous m’ôtez un grand poids. Il faut m’en dire plus. Asseyez-vous donc auprès de moi, et faites-moi votre récit de voyage. »

Les compagnons s’assirent sur le sol à ses pieds, et Aragorn commença le récit. Pendant un long moment, Gandalf ne dit rien, et il ne posa aucune question. Ses mains étaient posées sur ses genoux, et ses paupières étaient closes. Enfin, quand Aragorn parla de la mort de Boromir et de son dernier voyage sur le Grand Fleuve, le vieillard soupira.

« Vous ne m’avez pas dit tout ce que vous savez ou pensez, Aragorn, mon ami, dit-il doucement. Pauvre Boromir ! Je n’arrivais pas à voir ce qui lui était arrivé. C’était une dure épreuve pour un homme comme lui, un guerrier et un meneur d’hommes. Galadriel m’a dit qu’il était en danger. Mais il s’en est sauvé à la fin. Je suis content. Les jeunes hobbits ne seront pas venus en vain, ne serait-ce que pour Boromir. Mais ce n’est pas le seul rôle qu’ils ont à jouer. Ils ont été conduits à Fangorn, et leur venue a eu l’effet des petites pierres qui s’éboulent dans les montagnes, et déclenchent l’avalanche. Tandis même que nous parlons ici, j’entends les premiers grondements. Saruman ferait mieux de ne pas être pris en dehors de chez lui quand le barrage éclatera ! »

« Il y a une chose en quoi vous n’avez pas changé, cher ami, dit Aragorn : vous parlez toujours par énigmes. »

« Hein ? Par énigmes ? dit Gandalf. Non ! Car je me parlais à moi-même. Les aînés ont cette habitude : ils s’adressent toujours à la plus sage des personnes présentes ; les longues explications demandées par les jeunes sont fatigantes. » Il rit, mais à présent, son rire semblait aussi chaleureux qu’un rayon de soleil.

« Je ne suis plus jeune, même si l’on me compare aux Hommes des Maisons Anciennes, dit Aragorn. Vous ne voulez pas vous ouvrir à moi un peu plus clairement ? »

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