— Pas le temps d’attendre les autres, chaque minute compte. Si on les rejoint, on ne sera que tous les deux pour les affronter, ça te va ?
Matthieu hocha résolument la tête.
— Tu as ton matériel ? demanda Desmond en accélérant sur la route du Maillant.
— Oui, Roger.
— Quand j’aurai bloqué le vélo de cette sale flic qui nous a bousillé trois gars, qui a osé enfoncer le canon de son arme dans le cou de Sim, on s’éjecte tous les deux. Je répète : un, tu flanques le vélo et la bonne femme par terre et tu colles l’adhésif, deux, tu lui balances un coup de crosse sur le crâne, trois, tu lui fous les menottes et je lui colle les bracelets aux chevilles. Quatre, j’ouvre le hayon et on enfourne la masse à l’arrière de la camionnette.
— T’énerve pas, je sais tout cela. Elle est là-bas ! cria-t-il. À soixante mètres !
La camionnette doubla le vélo, braqua en travers de la route et Retancourt mettait la main à son arme quand un violent coup de pied au ventre la fit tomber au sol. Elle vit son arme jetée au loin et aussitôt, ses lèvres étaient clouées par un adhésif. Elle se redressa et projeta ses pieds dans le torse de Longevin, qui s’effondra à son côté en vacillant.
— Coup de crosse, Desmond !
Le choc fit retomber Retancourt qui se releva d’un bond, prête au combat.
— Deuxième coup de crosse, Longevin, cette bonne femme est un monstre !
Retancourt reprit très vite pleine conscience, pieds et poings menottés. Elle prenait toute la place à l’arrière du véhicule et les deux hommes s’étaient assis devant. Le fourgon roulait vers on ne savait où en tournant sans cesse, certainement pour faire perdre sa piste.
Le téléphone bipa et Adamsberg se jeta dessus. Retancourt, enfin. Mais ce n’était pas Retancourt. Juste un court message qu’il montra, les dents serrées, à son collègue :
— Trop tard, dit-il d’une voix défaite en serrant le poing. Ils ne sont plus au nid et ils ont Retancourt.
— Rapport de Noblet, un de mes hommes, dit Matthieu : les voisins ont remarqué une nouvelle voiture devant chez Desmond ce matin.
— Nom de Dieu, ils ont Retancourt, ils ont Retancourt, répétait Adamsberg d’une voix rauque.
— On va les rejoindre, répondit sourdement Matthieu. Monte, on file plein gaz vers la route du Maillant. Que penses-tu qu’ils vont faire ? dit-il en claquant la portière. La prendre en otage en échange de toi ?
— Non, la faire souffrir un bon coup et la tuer. Histoire de bien montrer qu’ils ne blaguent pas. Moi, ils m’auront plus tard et me monnaieront contre Sim. Ce sont des vicieux, des sadiques, pas des stratèges, n’aie pas de doute là-dessus. Décris-moi la bagnole.
— Une vieille camionnette couleur bleu vif, immatriculation finissant par GA76.
— Envoie la description à toutes les gendarmeries et tous les commissariats des environs et les portraits de ces ordures. Signal d’urgence.
Adamsberg accéléra encore, faisant trembler la carrosserie.
— Précise le point d’où ils sont partis, dit-il.
— C’est fait.
— Demande que les flics de Combourg posent des barrages sur toutes les routes qui sortent de Louviec.
— C’est fait.
Pendant qu’Adamsberg et Matthieu traversaient le village en trombe, Noël, Veyrenc, Mercadet, Berrond et Verdun, condamnés à l’attente, achevèrent leur expédition puces, le ventre serré. Ils savaient qu’ils avaient perdu Retancourt et que cette bande n’allait pas lui faire de cadeau, ni à elle, ni à Adamsberg. Assis sur une pierre de granit, Mercadet terminait sombrement de classer sa liste et de parfaire son plan des maisons rouges, puis s’endormit sur ses bras, calé sur la pierre.
— On résume la mission puces ? demanda gauchement Verdun dans un silence de plomb.
— Plus tard, dit Berrond. Quand elle sera avec nous.
— Si elle revient, murmura Noël, résumant la pensée de chacun.
— Vous oubliez une chose, Noël, dit Veyrenc avec fermeté. Il s’agit de Retancourt, pas de vous ou de moi ou de qui que ce soit.
— Elle n’est pas un surhomme malgré tout, dit Verdun. Bâillonnée, ligotée au fond d’une bagnole – il n’osa pas dire « tuée » – avec deux salopards armés, elle ne peut pas décrocher la lune non plus.
Un peu avant la fin de la route du Maillant, les deux commissaires découvrirent la bicyclette de Retancourt, jetée sur le bas-côté.
— Pas de sang, dit Adamsberg, seulement des traces de lutte. Elle en a projeté un au sol, ici. Ils ont dû avoir bien du mal à la maîtriser avant de réussir à l’embarquer. Le temps qu’ils y parviennent, qu’ils démarrent et m’envoient le message, ils ont bien un quart d’heure d’avance sur nous. On les suit à fond de train.
— Mais par où ? dit Matthieu. Dans trente mètres, on quitte la voie unique et il y a trois embranchements. Comment savoir lequel ils ont pris ?
— Renseigne-toi sur les barrages, qu’on sache s’ils ont déjà été posés.