— Mais à faire ensuite son portrait, Matthieu.
— Ah bien sûr.
— Portrait que j’envoie à Mercadet qui me dit s’il a cette tête-là au fichier, à défaut de son nom.
— Cela reste imprudent. Le type pourrait malgré tout t’identifier. Mais moi non. C’est mieux que je m’en charge.
— C’est un risque à prendre et on n’a pas le choix.
— Pourquoi ?
— Parce que tu ne sais pas dessiner.
— Très juste, j’oubliais.
— Tu vas à l’internat ?
— Mes deux adjoints ont déjà dû commencer la fouille. Je les préviens et je reste avec toi.
— Merci.
Après sa brève visite à Longevin, qu’Adamsberg avait effectuée en chemise bleue et les cheveux couverts, redoutant que ce ne fût un piètre subterfuge pour abuser son suspect, le commissaire s’était rencogné dans l’angle d’un petit bar non loin de la mairie, en vue du nouveau domicile de Longevin, où il achevait le portrait de l’homme. Matthieu prit place à ses côtés, libérant son arme de son fourreau.
— Aucun mouvement, dit Adamsberg qui surveillait la porte de la maison en même temps qu’il crayonnait.
— Comment peux-tu le dessiner aussi précisément après l’avoir vu si peu de temps ?
— Je ne sais pas, Matthieu.
— Bien sûr.
Adamsberg photographia le portrait et l’envoya à Mercadet.
Desmond fronça les sourcils en prenant connaissance du message juste reçu de son associé :
— En personne ?
— Aucun doute, camouflage minable.
— On sait qu’il n’est pas venu seul. Ai vu la grosse il n’y a pas dix minutes sur la route du Maillant. Genre de bonne femme qu’on ne peut pas rater. Fait du porte-à-porte à vélo, n’avance pas vite.
— Consignes ?
— On quitte les lieux à la seconde où nous sommes grillés. Notre opération est déjà sur pied, on prend de l’avance. Je passe te prendre par la rue latérale et on la rattrape avant de la perdre de vue. Tiens-toi prêt.
Desmond attrapa sa veste et son sac à dos, sortit de la pièce par une fenêtre arrière et lança sa voiture à travers les ruelles.
Nul n’égalait Mercadet – aidé par deux indics avec lesquels il correspondait en code – pour se faufiler dans les dédales des fausses identités. Adamsberg, assis devant son café froid, obtint rapidement les renseignements attendus. Le portrait qu’il avait effectué était celui d’un certain Pernot, autre faux nom de René Longevin, cinquante-six ans, qui était bien un associé de Sim l’anguille. L’équipe vieillissait et Adamsberg espérait une baisse de leurs performances.
— Dès qu’ils nous ont sus à Louviec, ils ont pris position aussitôt. Le premier nous a suivis en train, le second a rallié les lieux en voiture. Bon sang, Matthieu, on n’avait pas besoin de ça.
— Et comment ont-ils pu trouver deux locations en un claquement de doigts ?
— Ils ne les ont pas trouvées, ils ont forcé les occupants à quitter les lieux. Pour quelques jours, cela leur suffisait pleinement pour nous surveiller, tâter le terrain et organiser leur affaire.
— Laquelle ?
— La pire, Matthieu, je le crains.
XIII
Adamsberg se hâta de prévenir Noël, Retancourt et Veyrenc qu’ils avaient les deux complices de Sim aux fesses, ici même, à Louviec, leur ordonna de préparer leur arme et de se tenir sur leurs gardes. Matthieu fit de même avec ses hommes, accompagnant ses messages des portraits des deux associés. De Noël et de Veyrenc, Adamsberg reçut aussitôt la réponse « Compris », mais Retancourt, elle, ne réagit pas.
— Merde, bon Dieu, qu’est-ce qu’elle fout ? s’énerva Adamsberg.
C’était la première fois que Matthieu voyait son collègue perdre un peu de son calme, un fait rare, à ce que propageait la rumeur. Il y tenait vraiment, à cette Retancourt, dont l’abord, pourtant, n’était pas des plus engageants.
— Elle doit être empêtrée avec une femme qui lui montre la photo de son chat.
— Non, Matthieu, non. Retancourt n’est jamais empêtrée, dit Adamsberg en se levant et laissant un billet sur la table. L’arrestation de Sim l’anguille, ils vont me la faire payer très cher. Et cela ne nous sert à rien de foncer les arrêter à leurs domiciles. Ils n’y sont sûrement plus. Longevin a dû me reconnaître et lancer l’alerte.
Adamsberg marqua une pause, cherchant le meilleur défilé par où se glisser.
— Toute notre équipe est sur la mission puces, dit-il. Mais tu as deux autres hommes tout près d’ici à l’internat. Combien de temps pour qu’ils en reviennent ?
— En roulant vite, quatre à cinq minutes.
— Demande-leur tout de suite de filer voir si une voiture a été vue devant chez Desmond ou Longevin, et laquelle.
— Et s’ils sont chez eux ? C’est encore possible.
— À mon avis non, Matthieu. Que Retancourt ne réponde pas est très mauvais signe. Ils sont déjà en chasse.
— Et comment auraient-ils localisé Retancourt ?
— Ils l’ont suivie, c’est leur bête noire. Ce matin, elle devait opérer ses visites dans ces rues-là, dit Adamsberg en étalant une carte froissée sur la table. Celles en vert. Tu les connais ?
— Très bien. On va emprunter son itinéraire. À l’heure qu’il est, elle est sans doute déjà loin, sur la route du Maillant. Déserte.