Mais il était trop tôt pour que la police de Combourg ait eu le temps d’installer quoi que ce soit et les deux hommes sillonnaient les routes au hasard, allant, revenant, changeant de direction, muets.

— Je ne vois pas de barrages, dit sombrement Adamsberg.

— Les flics ont dû anticiper leur avance et les ont placés plus loin.

— Les routes sont nombreuses, murmura Adamsberg, et il leur faut faire venir des hommes en surnombre depuis Dol, Saint-Malo ou je ne sais d’où. Ça prend du temps, trop de temps.

— Rentrons, dit Matthieu. Cela fait une heure qu’on bat la campagne pour rien. Et ils ont pu faire un échange de voiture en route.

Adamsberg hocha la tête et fit demi-tour vers Louviec. Il était plus de deux heures quand Johan leur ouvrit la porte de l’auberge et comprit à leur mine grise que quelque chose déraillait.

— Un meurtre ? demanda-t-il d’une voix sourde.

— Non, Johan, dit Matthieu. Retancourt. Kidnappée par deux crapules. Ou tuée.

— Néant, dit Adamsberg en s’asseyant lourdement à une table, sans quitter du regard son téléphone. Envolés.

Évoluant dans le silence, Johan fit remarquer que l’heure du déjeuner était largement passée et qu’il serait sage qu’ils s’alimentent.

— Pardon, mais je n’ai pas faim, Johan, dit Adamsberg, coupant court à l’exposé détaillé que le maître des lieux allait leur chuchoter pour présenter le repas.

Les autres agents, tous revenus de leur mission puces, acquiescèrent, y compris Mercadet dont l’inquiétude avait au contraire aiguisé l’appétit.

— Et moi je le répète, dit Veyrenc, se levant et frappant du plat de la main sur la table. Ils n’ont pas attrapé n’importe quel oiseau, mais Retancourt. Cependant ils ne le savent pas, et cette ignorance les perdra.

— Et pourquoi pas ? dit Berrond, qui réalisait à l’occasion de cet éclat ce que les traits du visage du lieutenant Veyrenc, à la fois incertains mais quelque peu impériaux, pouvaient bien lui rappeler : un buste romain abrité dans une niche de la mairie de Louviec.

Comme un animal soudain obéissant, le téléphone d’Adamsberg sonna à quatorze heures trente et le commissaire se précipita. Puis il exulta et lut le message à haute voix :

— Affaire classée. J’ai deux types au sol et désarmés. Grouillez-vous tout de même. Départementale Saint-Aubin-Combourg, lieu-dit « La Pierre levée ».

Une brusque agitation fit place à la désolante apathie qui avait précédé.

— Vous l’aviez dit, lieutenant, vous l’aviez dit, cria Johan à l’intention de Veyrenc, qui enfilait sa veste en souriant.

— C’était tout simplement certain, Johan, dit-il.

— Matthieu, lança Adamsberg, préviens les gars de Combourg qu’ils trouveront leurs paquets tout ficelés à La Pierre levée.

— C’est fait, répéta Matthieu avec un éclair d’amusement dans les yeux et en récupérant sa casquette au passage.

Sirènes hurlantes, les policiers parvinrent rapidement sur les lieux, où le spectacle les stupéfia : deux hommes qui se tortillaient au sol tandis qu’une femme aux proportions inusuelles les tenait en joue, calmement adossée à une fourgonnette, avec quatre armes à ses pieds. Adamsberg leur exposa la situation, le photographe prit des clichés de la scène et les flics embarquèrent les agresseurs, hurlant les pires insultes, menaces et obscénités à l’adresse de Retancourt, qui y demeurait aussi insensible que le menhir dressé en bord de route.

Trois bons quarts d’heure plus tard, Adamsberg et Veyrenc repassaient la porte de l’auberge, le commissaire étreignant Retancourt par l’épaule, le visage radieux. Tous les agents s’étaient levés et acclamaient la revenante. Johan sollicita même le droit de lui faire une bise, en lui glissant : « On a eu tellement peur pour vous. » Puis il se hâta d’aller donner ses ordres en cuisine, que cette fois nul ne contredit. Il était plus de quinze heures et la faim leur était revenue. Johan se hâta, voulant, tout comme les autres, entendre le récit de cette femme et revint au plus vite s’asseoir à la table.

— Pas de quoi en faire un cirque non plus, dit Retancourt en souriant, face à tous les regards vissés sur elle. C’était du boulot facile.

— L’attaque ? demanda Matthieu.

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