— Cela n’entre pas dans mes attributions de surveiller les allées et venues de mes administrés, dit le maire en souriant. Ils sont libres de se déplacer et de louer leur maison si cela leur chante.

— C’est évident, dit Matthieu. Mais vu le contexte, cela nous aiderait que vous nous signaliez des noms inconnus pour l’une ou l’autre des quatre maisons colorées en rouge.

Le maire fit glisser la feuille jusqu’à lui et l’étudia un moment.

— Longevin, dit-il, au lot 44, connais pas. La maison appartient aux Vernon.

— On avait repéré celle-là. Mais les autres ?

— Le lot no 12 est occupé par les Jouel. Mais le nom qui vous a été donné est Desmond. Je ne connais pas de Longevin, ni de Desmond. Ce sont les deux seules nouveautés que je note.

— Desmond, Desmond, marmonnait Adamsberg en revenant à la voiture.

— Tu connais ?

— C’est un nom que j’ai déjà entendu. Dans le flou, dans le loin.

— Il faudrait que tu puisses revenir à ce flou.

— Eh bien, Matthieu, je n’ai jamais trouvé le chemin. Quand il arrive que je fasse la jonction, c’est que le flou est venu à moi, et non l’inverse.

Depuis la voiture, Adamsberg passa un message à Mercadet, lui demandant de chercher au fichier les noms des deux habitants inconnus : René Longevin et Roger Desmond. Mercadet rappela sept minutes plus tard, assez nerveux.

— Fichier vierge pour Longevin. Pour Desmond, c’est autre chose. Tenez-vous bien, commissaire, c’est un homme de Sim l’anguille. Desmond est un faux nom, il en a porté cinq. Je vous envoie son portrait-robot ?

— S’il vous plaît. Il est l’un des deux nouveaux habitants de Louviec. Longevin doit être son associé. Rappelez-vous que deux types ont échappé à la descente de Retancourt dans la planque de Sim.

— Ils seraient après nous ?

— Vous voyez une autre raison ?

— Non, et si c’est cela, ça sent le brûlé.

Adamsberg résuma les faits pour Matthieu.

— Fonce vers chez Desmond, qu’on en ait le cœur net. Mais ne te gare pas devant. Tu vas discrètement montrer le portrait aux voisins. Non, changement de plan, le voisin pourrait lui raconter ta visite. Va plutôt dans les boutiques d’alimentation les plus proches de son domicile. Épicerie ou boulangerie. Il doit ne sortir que pour le strict nécessaire. Présente-toi comme employé de la mairie. Si c’est bien lui, exige la discrétion la plus absolue. Garde ton arme avec toi, le mec est dangereux.

Matthieu revint moins de dix minutes plus tard.

— C’est lui, dit-il en claquant la portière. Je n’ai interrogé que la boulangère et cela a suffi. Elle a vu le type partir faire une balade à vélo. Il n’est installé que depuis hier. Autant dire qu’il vous a suivis dès votre départ de la Brigade avec vos bagages. Dès que vous êtes arrivés, quoi.

— Il ne nous manquait plus que cela, Matthieu, dit Adamsberg en soupirant. Sim l’anguille qui nous envoie son sbire. « Balade à vélo », tu parles, il prépare son opération.

— Vengeance ?

— Commanditée par Sim lui-même depuis sa cellule, tu peux en être sûr.

— Il s’agit bien de Sim l’anguille ?

— Tu le connais ?

— Quel flic n’a pas entendu parler de lui ?

— Il est en taule avec trois complices. Retancourt en a foutu deux par terre d’entrée de jeu et tenait Sim en joue. Ça a déblayé le terrain et Noël et Veyrenc en ont chopé un quatrième. Mais deux ont réussi à filer et Veyrenc n’a pas pu les atteindre. Ils étaient à moto.

— Sim a dû être affreusement humilié d’être mis au tapis par une femme.

— Aucun doute là-dessus. Et voilà le résultat : une opération commando au cœur de Louviec.

— On l’arrête maintenant ? Avant qu’il ne commette des dégâts ?

— Non, Matthieu, il n’est sûrement pas venu seul. On s’assure d’abord que le second nouveau, Longevin, est l’autre comparse en fuite. Ce que je crains.

— Pas malin quand tu es en cavale de venir te poster dans un village bourré de flics.

— On se rappelait mal leurs visages. Je n’ai repéré Desmond qu’à son nom. Quant à l’autre, son fichier est vierge. On aurait besoin d’une photo pour demander une recherche à Mercadet.

— Impossible de se planquer devant chez lui et de le photographier. Il doit être aux aguets et on se ferait épingler.

— Il existe une autre solution. Moi, ces deux-là ne me connaissent pas. Je sonne chez Longevin…

— Il y a tes photos dans la presse, coupa Matthieu.

— C’est vrai, admit Adamsberg. Cette foutue presse qui leur a confirmé que j’étais sur Louviec.

— Prends ma casquette à visière, abaisse-la bien, ça change un homme. Et ôte ton éternelle veste noire, ton tee-shirt de même, et prends ma chemise bleu clair et mon blouson. Ça peut égarer un peu.

Les deux hommes arrêtèrent la voiture, procédèrent à l’échange et Matthieu considéra son collègue.

— Ce n’est pas mal, apprécia-t-il. On ne te reconnaît pas sur-le-champ. Mais peut-être en trois minutes. Fais au plus vite.

— Donc je sonne chez Longevin, reprit Adamsberg en ajustant la casquette, je demande à voir les Vernon, le gars m’informe qu’ils sont en vacances et ont loué leur maison, je présente mes excuses au type et je m’en vais.

— Je ne vois pas à quoi ça te sert.

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