L’aïeul qui m’a donné la flamme de mon sang,Etait-il un bourreau, honnête en sa carrière?Mon rêve voit saigner sous des rayons perçants,Dans un chaos de pourpre avide et menaçant,Des pavots enflammés, des roses meurtrières…Et des lis, oubliant leur mourante pâleur,Sortent du flot mouvant aux ardentes lueurs,S’embrasent à l’éclat de la lune sanglante,Et pleins de volupté, et glacés d’épouvante,Raidis dans le silence immobile et farouche,Me tendent le carmin sinistre de leurs bouches.J’entends chanter mon sang… Et dans un sortilègeJe sens les visions, en étouffant leurs voix,M’entraîner au milieu du flamboyant cortège«A nous!.. Viens dans nos bras!.. A moi!.. A moi! A moi!»Et de lèvres sort un vol d’aveux terribles:«Viens! Tout nous est permis… et tout nous est possible…Ici, là-bas, ailleurs, – partout nous te suivrons…Ton âme a soif de nous – et nous révèlerons,Sous les rouges clartés de cette nuit de flamme,Les profondeurs du monde éternel à ton âme!»J’entends chanter mon sang… Mon délire de fleursConfond l’éclat des sons et l’éclat des couleurs…L’approche désiré d’un mystère sublime, –Comme au contour des monts la splendeur d’un abîme, –Me berce doucement, et m’appelle, et me tente,Les cieux se sont voilés d’une brume éclatante…Un monde tout nouveau va s’ouvrir, je le sens,Quand j’aurai vu couler un flot vermeil de sang,Le glaive du rayon prend la fleur pour fourreau.Entends-tu, mon aïeul! Je me ferai bourreau![353]–И еще посылаю Вам «Волну», немного исправленную. Вчитайтесь: она, право же, хорошенькая. В ней много певучей легкости. То, что теряется из оригинала, не может сохраниться ни в каком переводе: это нежные всплески русского л: люблю, утоплю, сплю.
La Vague[354]Elle accourt, et s’en va, et revient de nouveau, lumineuseEt menteuse, séduit par son rire et ses pleurs hypocritesEt t’épie en secret, agitant sa dentelle mousseuseDans la brume d’azur elle fait ses adieux et te quitte.Vague! Vague! Mon âme te suit!Vague! Vague! – La vague s’enfuit.Le navire lointain voit l’éclat de la lune naissanteAllumer ses roseaux argentins, ses splendeurs aériennes.Rayonnantes, les vagues s’embrassent, toujours caressantes,L’esclavage invisible grandit – et mon âme est sereine…Et la vague sourit sans mentir:«Viens! Je t’aime! Je vais t’engloutir!»[355]19
Короча16/29 марта 1902.