Un quart d’heure après – je m’admirais encore avec mon grand chapeau noir et mon costume uni et simple comme une amazone. J’avais envie de gambader comme un cabri. Nous sommes descendues en ville. Chemin faisant nous avons rencontrés des petits amis à Natacha et après avoir porté les perce-neiges à Jean, nous sommes allés nous balader tous ensemble. Au cimetière – et puis dans un grand fossé aux bords verdoyants et où il y avait des chèvres, et puis par ces rues isolées où il y avait tant de neige il y a 2 mois, vous savez, Bamont, – et qui maintenant sont toutes jolies grâce au ciel bleu et à l’herbe nouvelle. Nous avons babillé et rigolé et mangé des bonbons. Les gosses m’ont raconté leurs farces d’écoles, et moi je les ai fait rire aux éclats en leur parlant des niches que je faisais à mes professeurs, il y a 5 ou 6 ans.
Maintenant, il est 8½ du soir. Maman est sortie. Natacha chante des poésies de Balmont au lieu d’apprendre sa géographie – et moi j’écris au lieu d’aller apprendre la géographie avec Natacha.
Qu’aurai-je demain? Une lettre – de qui?
Savez-vous, Bamont, que Vova, après un silence très prolongé et des voyages dans les environs de Kiev et d’Odessa, nous écrit qu’il a décidé de ne point allez à Pétersbourg et de ne pas se faire avocat pour le moment. Il veut, je crois, se fixer à Odessa et travailler jusqu’au mois de septembre pour préparer son doctorat. Mes parents en sont mécontents, mon père surtout, car il n’approuve pas les changements d’idée trop rapides. Maman va très bien. La grand’mère se rétablit à vue d’œil, mais elle ne quitte son lit que pour passer 1 heure – 1½ h. dans un fauteuil. Sa jambe paralysée l’empêche de marcher et n’a pas l’air de vouloir mieux se conduire! Le docteur pense que dans 1 mois elle pourra tout de même entreprendre son voyage à Pétersbourg.
En revanche, aucune amélioration dans l’état de M
Tiens, ça a l’air d’être une lettre pour Bamont. Vous savez, Bamont, si j’écrivais à René, ç’eût été à peu près la même chose, mais tout entremêlé de phrases comme: «Ah mais non, ce que je te dis là est stupide!» – «D’ailleurs, pourquoi est-ce que je t’écris? Tu sais tout ce qui est en mon âme!» – «Ah, mon Dieu, que de paroles, que de phrases impuissantes pour t’exprimer une chose que mon seul regard suffirait à te faire comprendre!» etc.
Bamont, Bamont, mon ami, n’est-ce pas que vous m’écrivez et vous me racontez tout? Votre rencontre – et tout, tout ce que vous vous êtes dit. J’y pense tellement. Tous ces jours-ci je n’ai fait qu’y penser. Ah, mon Paris! Lorsque je suis à table – tout d’un coup l’avenue de l’Opéra surgit devant mes yeux, ou bien un coin des boulevards, ou bien une sortie du Métropolitain, débordante de monde…
Bamont, je ne puis plus rien traduire ni écrire! Je suis devenue si bête, si vous saviez!
Je vais vous écrire bientôt, demain peut-être, et en russe – il me semble que vous aimez mieux quand je vous écris en russe? Pour le moment je ne puis plus rien dire. J’ai besoin de vos lettres qui me rendront l’intelligence, j’espère!! Oh, si vous saviez avec quelle impatience je les attends. Merci, Bamont, mon Bamont, merci de ce que vous êtes
<Перевод:
Слушайте, я ведь на самом деле не знаю, кому писать! Напишу сразу обоим. Я не чую под собой ног. Расскажу вам весь свой день. Я проснулась веселее зяблика. Около 11 часов – почтальон – мне ничего! Moе лицо вытягивается – вытягивается – «как день без писем»! Я говорю себе: «Рене мне не пишет, и это понятно, ведь он испытывает отвращение к письмам, но Бальмонт??? Что он, где он?» Делать нечего, в ожидании, я принимаюсь укладывать свои вещи, так как, если не случится ничего непредвиденного, я уеду через десять дней в Санкт-Петербург. Поток золотистых лучей падает сквозь петли красной шали, которой занавешено мое окно. Сама я, еще не одевшись и с растрепанными волосами, стою на коленях перед чемоданом, когда мама входит ко мне в комнату: «Тебе телеграмма» – «Боже! Неужели!» – (я чуть не сказала – «наконец-то!!!») – «Ну, что же ты, расписывайся!» Не прочитав послания, я расписываюсь и бегу на кухню отдать почтальону квитанцию и чаевые. Боже мой, я прекрасно знаю, чтó там – я просто не знаю формулировки – вот и все. «Мы ждем Вас, сестра моя!» Бамонт, друг мой! Спасибо!!! Я дрожу от радости. Я закусываю губу, чтобы не заржать, как жеребенок. Я прижимаю телеграмму к сердцу, к губам, к лицу, я сжимаю ее в кулаках как лимон, из которого хотят выдавить весь сок. Я скачу от радости. Спасибо, спасибо за каждое слово!