Les cent années employées à construire l’arche ne paraîtront pas un nombre exagéré, si l’on songe à tout ce que la Bible passe sous silence, mais qui fut néanmoins d’absolue nécessité pour se conformer aux ordres de Dieu. Ainsi, les trois fils de Noé eurent, évidemment, de longs voyages à faire dans les contrées les plus lointaines du monde, afin d’en rapporter les animaux qui ne vivaient pas dans leur région. Comme il s’agissait aussi de ne pas être croqués, une fois dans l’arche, par les lions, les tigres, les alligators et autres terribles bêtes, ils durent se faire enseigner (par les géants, sans doute) le métier de dompteur. Il fallut fabriquer des conserves de viande pour les innombrables carnassiers.
Il convient aussi de remarquer que ce bois de gopher, dont l’arche fut faite, devait être le meilleur des bois. Si aujourd’hui on s’avisait de mettre cent ans pour construire un vaisseau, il n’est pas de bois, si dur qu’on le puisse rêver, qui ne serait pourri avant l’achèvement du navire; la poupe s’émietterait de vétusté quand on en arriverait à travailler à la proue, et ce serait toujours à recommencer, comme pour le couteau de Jeannot, qui est éternel, parce qu’on en remplace alternativement la lame et le manche. Personne n’a pu dire au juste ce qu’était ce fameux bois de gopher; on n’en a jamais pu retrouver nulle part depuis le déluge, et c’est bien fâcheux.
Quand le vaisseau sauveur fut achevé, l’Eternel dit à Noé:
«Entre, toi et toute ta maison, dans l’arche; car je t’ai vu juste devant moi en ce temps.» (Genèse 7:1)
La suite du discours divin prouve que maître Jéhovah avait oublié ses premières prescriptions; il avait recommandé au patriarche de ne prendre avec lui qu’un couple de chaque espèce de bêtes. Au dernier moment, papa Bon Dieu changea quelque peu le programme.
«Tu prendras, dit-il à Noé, de toutes les bêtes nettes sept de cbaque espèce; mais des bêtes qui ne sont point nettes, un couple seulement, le mâle et la femelle.» (7:2)
La Bible n’ajoute pas que Dieu ait expliqué à Noé ses distinctions; mais cela est probable. D’ailleurs, le Lévitique, autre livre attribué à Moïse, indique (ch. 11) ce que les Hébreux entendaient par animaux purs ou bêtes nettes et animaux impurs ou bêtes qui ne sont point nettes. Parmi les quadrupèdes, les purs sont ceux qui ont l’ongle divisé, le pied fourchu, et qui ruminent: le chameau, le lapin, le lièvre, qui ruminent, mais qui n’ont pas l’ongle divisé, sont animaux impurs; le cochon, qui a l’ongle divisé et le pied fourchu, mais qui ne rumine pas, est également animal impur. Parmi les oiseaux, Jéhovah a déclaré impurs l’aigle, l’orfraie, le faucon, le vautour, le milan, le corbeau, le chat-huant, le coucou, l’épervier, la chouette, le plongeon, le hibou, le cygne, le cormoran, le pélican, la cigogne, le héron, la huppe et la chauve-souris. Enfin, ont été déclarés animaux impurs la belette, la souris, la tortue, le hérisson, le crocodile, le lézard, la limace et la taupe. Toutes les autres bêtes sont des animaux purs.
D’autre part, papa Bon Dieu annonça à Noé que la petite fête diluvienne commencerait dans sept jours. Le patriarche eut donc à apprendre lestement son histoire naturelle, pour savoir s’il devait embarquer avec lui deux ou sept girafes, deux ou sept éléphants, deux ou sept rhinocéros, deux ou sept hippopotames, etc.
«Et il arriva qu’au septième jour les eaux du déluge tombèrent sur la terre. — En l’an six cent de la vie de Noé, au second mois, au dix-septième jour du mois, en ce jour-là toutes les fontaines du grand abîme furent rompues, et les bondes des cieux furent ouvertes.» (7:10-11)
On constate par là que l’Esprit-Saint persistait à faire croire à l’existence d’un immense réservoir d’eaux supérieures, se vidant en quelque sorte au moyen d’écluses.