Mais, quand le blé d’Egypte fut épuisé, il se décida sur les instances de Juda. — S’il est nécessaire, dit-il, que j’envoie cet enfant, faites ce que vous voudrez. Prenez les meilleurs fruits de ce pays-ci, un peu de résine, du miel, du storax, du térébin the et de la menthe. Portez aussi avec vous le double de l’argent que vous avez remis lors de votre premier voyage; car les sommes que vous avez retrouvées dans vos sacs devaient être là par suite de quelque erreur.
Les voilà donc de nouveau en Égypte. Quand Joseph vit que Benjamin était avec eux, il les accueillit avec une faveur marquée, délivra Siméon et leur donna un splendide festin. Ils voulurent rendre l’argent des premiers achats de blé; Joseph refusa, en disant qu’il avait eu son compte; c’était Dieu, insinua-t-il, qui leur avait mis ce trésor dans leurs sacs.
Néanmoins, Joseph, tout en ayant l’âme bonne et généreuse, possédait un caractère enclin à la fumisterie. Tandis que ses frères dînaient et portaient des toasts au magnanime ministre de Pharaon, il sortit un instant de la salle du banquet, et il ordonna à son maître d’hôtel de cacher sa belle coupe d’argent dans les bagages de Benjamin. Après quoi, il les laissa partir.
Mais, quand la caravane se fut suffisamment éloignée, il envoya à sa poursuite la gendarmerie, accompagnée de son maître d’hôtel. Celui-ci, qui savait bien sa leçon, interpelle les onze voyageurs juifs et leur reproche d’avoir rendu le mal pour le bien.
— Vous avez volé, leur dit-il, la plus précieuse coupe du gouverneur,
Ceci, en passant, nous apprend que Joseph est l’inventeur de la divination par le marc de café.
Les fils de Jacob protestent et font valoir qu’ils sont incapables d’avoir volé une coupe d’argent, eux qui ont rapporté de Canaan des sommes qu’ils avaient trouvées dans leurs sacs. Il demandent à rester esclaves en Egypte si la coupe réclamée est découverte dans les bagages de l’un d’eux, et même que l’on mette à mort celui qui aurait la coupe. La visite générale s’effectue et l’on juge de la consternation de nos Hébreux, quand, le sac du petit Benjamin ayant été ouvert, la gendarmerie y aperçoit l’objet recherché. Il n’y avait pas à renâcler; le délit était flagrant.
Reconduits au palais, les frères de Joseph étaient désespérés. Heureusement pour eux, celui-ci jugea que la mystification avait assez duré. Il se fit reconnaître. On pleura de joie. Joseph déclara qu’il pardonnait tout. Alors, ce fut une allégresse inouïe, et l’on n’a pas besoin de se mettre la cervelle à la torture pour se rendre compte de la fête qui fut donnée eu l’honneur de cette heureuse conclusion.
Un détail est assez amusant en tout ceci: c’est que, dans la Genèse, Benjamin est toujours traité en petit garçon; il paraît n’avoir pas pris de l’âge, être resté enfant. Cependant, si l’on se reporte à l’histoire de sa naissance qui coûta la vie à Rachel, il est facile de calculer que Benjamin avait tout au plus quatre ou cinq ans de moins que Joseph. Or, celui-ci avait dix-sept ans quand il fut vendu par ses frères; l’épisode de Thamar, épousant successivement deux fils de Juda, laisse supposer une période minima de vingt-cinq ans; Joseph approchait donc de la cinquantaine, à l’époque où ses frères vinrent le retrouver en Egypte. Le petit Benjamin n’était plus un jeune enfant, alors! Mais la chronologie ne paraît pas la partie forte de la Bible, et, principalement, de la Genèse.
Nous approchons, d’ailleurs, de la fin de ce premier livre de l’Écriture Sainte, et nous abrégeons. Tout ce qui précède est le résumé des chapitres 42 à 45. Nous y voyons encore que Pharaon fut très heureux d’apprendre que son premier ministre avait auprès de lui ses frères. Joseph les avait priés d’aller chercher au plus vite Jacob et toute la famille, se proposant de les établir au pays de Gessen, au moins pour les cinq années de famine qu’il y avait encore à subir. Le roi approuva ce projet.