Quelques jours plus tard, Ephraïm apprend que les Allemands sont rentrés dans Riga. La grande synagogue chorale où sa femme aimait aller chanter a été incendiée par des nationalistes. Ils ont enfermé les gens à l’intérieur de la synagogue et les ont brûlés vifs.
Ephraïm ne dit rien à Emma. Tout comme Emma cache à Ephraïm qu’elle ne reçoit plus de courrier de Pologne. Chacun protège l’autre.
Ils doivent se rendre à la préfecture pour signer les registres. Ephraïm, qui a entendu parler de départs vers l’Allemagne, pose des questions à l’agent d’administration.
— Mais qu’est-ce qu’on y fait exactement, en Allemagne ?
L’agent tend à Ephraïm un dépliant, sur lequel on voit le dessin d’un ouvrier regarder vers l’est. En lettres capitales, on peut lire : «
— Pourquoi pas, dit Ephraïm à Emma. Peut-être que travailler quelques mois, au nom de la France, permettrait de faire avancer notre naturalisation ? Cela montrerait nos efforts et surtout, notre bonne volonté.
Dans les couloirs, les Rabinovitch croisent Joseph Debord, le mari de l’institutrice des Forges, qui est employé à la préfecture.
— Qu’en pensez-vous ? demande Ephraïm en lui montrant le dépliant.
Joseph Debord jette un coup d’œil à droite, un coup d’œil à gauche, puis sans rien dire, attrape le dépliant des mains d’Ephraïm et le déchire en deux. Les Rabinovitch le regardent s’éloigner silencieusement dans le couloir.
En face de l’opéra Garnier, la façade d’un immeuble Art déco ressemble à une gigantesque boîte de biscuits rose, avec sa galerie commerciale, son cinéma
L’exposition débute le 5 septembre 1941, elle a pour fonction d’expliquer aux Parisiens pourquoi les Juifs forment une race dangereuse pour la France. Il s’agit de prouver « scientifiquement » qu’ils sont avides, menteurs, corrompus, et obsédés sexuels. Cette manipulation de l’opinion publique permet de démontrer que l’ennemi de la France, c’est le Juif. Pas l’Allemand.
L’exposition est pédagogique et ludique. Dès l’entrée, les visiteurs peuvent se faire photographier devant la reproduction géante d’un nez juif. Des maquettes mettent en scène différents faciès : des nez crochus, des lèvres épaisses, des cheveux sales. À la sortie, un mur présente les photographies de nombreuses personnalités juives, Léon Blum, Pierre Lazareff, Henri Bernstein ou encore Bernard Natan, qui tous incarnent «
Les visiteurs peuvent ensuite acheter un ticket pour voir, au cinéma
Cette manipulation de l’opinion publique a des conséquences. Au mois d’octobre, six synagogues parisiennes sont plastiquées par des militants collaborationnistes armés par l’occupant. Rue Copernic, la bombe détruit une partie de l’édifice, où des fenêtres sont arrachées. Le lendemain, un rapport des renseignements généraux mentionne : «
Cette propagande permet aussi de justifier les mesures antisémites, qui s’intensifient. Les familles qui ont un poste de radio doivent le rendre à la préfecture de police en même temps qu’ils émargent les listes. Tous les comptes bancaires sont soumis au Service du contrôle des administrateurs provisoires. Les arrestations, principalement de Polonais en âge de travailler, commencent.