— Jodorowsky dit, je le cite : « Nous trouvons dans l’arbre (généalogique) des endroits traumatisés, non digérés, qui cherchent indéfiniment à se soulager. De ces endroits sont lancées des flèches vers les générations futures. Ce qui n’a pas pu être résolu devra être répété et atteindre quelqu’un d’autre, une cible située une ou plusieurs générations plus loin. » Toi, tu es la cible de la génération d’après… Maman, est-ce que Colette habitait à côté de la poste du Louvre ?
— Pas du tout. Elle vivait dans le 6e, je t’ai dit, rue Hautefeuille… Je n’imagine pas Colette, 85 ans, mettre le pied dehors en pleine tempête. Elle aurait pu se briser les os à chaque coin de rue… pour aller jusqu’à la poste du Louvre un samedi. Cela ne tient pas debout.
— Elle a pu demander à quelqu’un de la mettre au courrier… une personne qui travaillait chez elle par exemple… et qui elle… aurait habité dans le coin du Louvre.
— L’écriture entre la carte et la lettre n’ont rien à voir.
— Et alors ! Elle a pu la falsifier…
Je suis restée quelques secondes silencieuse. Tout s’expliquait, tout rentrait dans des déductions précises, et pourtant. Pourtant, je me fiais à l’intuition de ma mère : elle pensait que ce n’était pas Colette.
— Ok maman, je t’entends. Mais j’ai quand même envie de comparer les écritures… En avoir le cœur net.
Cher Franck Falque, je crois que nous avons retrouvé, ma mère et moi, l’auteur de la carte postale. Elle s’appellerait Colette Grés, c’était une amie de ma grand-mère qui a très bien connu les enfants Rabinovitch. Elle est morte en 2005. Pourriez-vous m’aider à en savoir davantage ?
Franck Falque m’a répondu comme toujours, dans la minute suivante :
Vous devriez écrire à Jésus le criminologue dont je vous ai donné la carte.
J’aurais dû le faire depuis longtemps.
Cher Monsieur,
Sur les conseils de Franck Falque, je vous envoie une photographie de la carte postale anonyme que ma mère a reçue en 2003. Pourriez-vous me dire ce que vous en pensez ? Pourriez-vous dégager un profil psychologique de l’auteur ? Son âge ? Son sexe ? Ou toute information qui pourrait nous aider à l’identifier ? Je vous mets en pièce jointe la photo recto verso de la carte postale. Avec toute ma reconnaissance pour l’attention que vous porterez à ma demande, Anne.
Chère Madame,
Les mots de la carte postale ne suffisent malheureusement pas pour effectuer un profilage psychologique par graphologie. Je peux simplement vous dire que l’écriture ne semble pas spontanée. Mais rien de plus.
Cordialement, Jésus.
Cher Monsieur,
Je comprends tout à fait que vous soyez réticent à l’idée de livrer une analyse à partir d’une petite quantité de mots, car cela met en péril la pertinence de votre travail. Malgré tout, pourriez-vous me donner quelques éléments ?
Je considérerais les résultats en sachant très bien qu’il faut les prendre « avec des pincettes ».
Je vous remercie infiniment,
Anne.
Chère Madame,
Voici quelques éléments donc, à « prendre avec des pincettes » comme vous dites.