Pourtant, tout me ramenait sans cesse à la carte postale. J’ai repensé à cette femme, Nathalie Zajde, que j’avais rencontrée chez Georges et dont il m’avait offert le livre. Elle parlait des livres
Après la guerre, dans les familles juives orthodoxes, les femmes avaient eu pour mission de mettre au monde le plus d’enfants possible, afin de repeupler la terre. Il m’a semblé que c’était la même chose pour les livres. Cette idée inconsciente que nous devons écrire le plus de livres possible, afin de remplir les bibliothèques vides des livres qui n’ont pas pu voir le jour. Pas seulement ceux qu’on a brûlés pendant la guerre. Mais ceux dont les auteurs sont morts avant d’avoir pu les écrire.
J’ai pensé aux deux filles d’Irène Némirovsky qui, devenues adultes, avaient retrouvé le manuscrit de
Je suis sortie pour marcher dans le jardin du Luxembourg, je me suis installée sur une des chaises en fer, profitant du charme mélancolique de ce jardin, que les Rabinovitch avaient traversé des dizaines de fois jadis.
Il y a eu soudain une odeur de chèvrefeuille après la pluie, j’ai marché vers le théâtre de l’Odéon, comme ce jour où, ayant enfilé cinq culottes les unes sur les autres, Myriam partit traverser la France dans le coffre d’une voiture. Les affiches n’étaient pas celles d’un Courteline mais d’une pièce d’Ibsen,
J’ai traversé les rues de Paris avec le sentiment de déambuler, hagarde, dans une maison trop grande pour moi. J’ai continué mon chemin vers le lycée Fénelon. C’était là, que, pendant deux années, j’avais été khâgneuse.