dansèrent sur le plancher.

Les cordes du violon, plin ! plon !

cassèrent une à une.

Le plat s’enfuit avec la cuiller ;

La vache bondit dans les airs,

sauta par-dessus la Lune.

La Lune ronde se roula

sous la colline et dormit.

Soleil surgit à ce moment :

Elle2 n’en crut pas ses yeux ardents,

car tous allèrent au lit !

Il y eut de longs et bruyants applaudissements. Frodo avait une bonne voix, et la chanson avait frappé leur imagination. « Où est le vieux Bébert ? crièrent-ils. Il faut lui faire entendre ça. Bob devrait apprendre le violon à son chat, alors on pourrait danser. » Ils réclamèrent encore de l’ale et se mirent à crier : « Refaites-la-nous encore, maître ! Allons ! Juste une fois ! »

Ils le firent boire encore un coup et reprendre sa chanson, tandis que nombre d’entre eux se mettaient de la partie ; car l’air était bien connu et ils étaient doués pour retenir les paroles. Alors ce fut au tour de Frodo d’être content de lui. Il cabriolait sur la table ; et quand il arriva pour la seconde fois à la vache sauta par-dessus la Lune, il bondit en l’air. Bien trop énergiquement, car il retomba, boum, dans un plateau rempli de chopes, glissa et déboula de la table avec un fracas, un vacarme, un boucan épouvantable ! Tous ouvrirent grand la bouche pour rire, puis s’arrêtèrent court, béants de stupeur ; car le chanteur disparut. Il s’était évanoui, purement et simplement, comme s’il était passé directement à travers le plancher sans laisser de trou !

Les hobbits du coin écarquillèrent les yeux, puis ils sautèrent sur pied et appelèrent Filibert. Toute la compagnie s’éloigna de Pippin et de Sam qui se retrouvèrent seuls dans un coin, s’attirant de loin des regards sombres et suspicieux. À l’évidence, ils étaient désormais, aux yeux de plusieurs, les compagnons d’un magicien errant dont les pouvoirs et les desseins demeuraient inconnus. Mais un Briennais au teint bistré les regardait, d’un air entendu et à demi moqueur qui les mettait fort mal à l’aise. Il sortit discrètement, suivi de l’homme du Sud aux yeux louches : les deux avaient longuement discuté à voix basse pendant la soirée.

Frodo se sentit idiot. Ne sachant que faire d’autre, il rampa sous les tables jusqu’au sombre recoin où se trouvait l’Arpenteur, resté assis là sans laisser voir aucun signe de ses pensées. Frodo s’adossa contre le mur et retira l’Anneau. Comment celui-ci s’était retrouvé à son doigt, il n’aurait su le dire. Il avait dû le tripoter au fond de sa poche pendant qu’il chantait ; et l’Anneau s’était glissé à son doigt d’une manière ou d’une autre, au moment où il avait voulu amortir sa chute, sortant brusquement la main. Il se demanda un instant si l’Anneau ne lui avait pas joué un tour ; peut-être avait-il essayé de se révéler, obéissant à quelque désir ou commandement exprimé dans la pièce. Il n’aimait pas l’allure des deux hommes qui venaient tout juste de sortir.

« Alors ? dit l’Arpenteur quand il reparut. Pourquoi avez-vous fait ça ? C’était pire que tout ce que vos amis auraient pu dire ! Vous avez vraiment mis les pieds dans le plat ! Ou devrais-je dire le doigt ? »

« Je ne vois pas ce que vous entendez par là », dit Frodo, agacé et affolé.

« Bien sûr que si, répondit l’Arpenteur, mais nous ferions mieux d’attendre que le tumulte se soit calmé. À ce moment-là, si vous le voulez bien, monsieur Bessac, j’aimerais vous parler en particulier. »

« À quel sujet ? » demanda Frodo, sans relever la mention soudaine de son véritable nom.

« Une affaire d’importance… pour vous autant que pour moi, répondit l’Arpenteur en le regardant droit dans les yeux. Vous pourriez apprendre quelque chose d’utile. »

« Très bien, dit Frodo, affectant un air dégagé. Nous discuterons plus tard. »

Entre-temps, un débat allait bon train devant la cheminée. M. Fleurdebeurre, venu s’interposer, essayait maintenant de suivre plusieurs récits contradictoires de l’événement en même temps.

« Je l’ai vu, monsieur Fleurdebeurre, dit un hobbit ; ou plutôt, je l’ai pas vu, si vous voyez ce que je veux dire. Il est tout simplement parti en fumée, si vous me passez l’expression. »

« C’est incroyable, ce que vous me dites là, monsieur Armoise ! » dit l’aubergiste, l’air perplexe.

« C’est pourtant ce que je dis ! répliqua Armoise. Et je le pense, qui plus est. »

« Il y a un malentendu quelque part, dit Fleurdebeurre, secouant la tête. Ce M. Souscolline, c’est quand même pas de la petite bière : il a pas pu partir comme ça en fumée – ou en mousse, ce qui serait moins étonnant dans cette pièce. »

« Eh bien, où est-ce qu’il est, maintenant ? » firent plusieurs voix.

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