Ils furent si ravis de l’entendre parler qu’ils négligèrent un moment de lui répondre ; d’ailleurs, ils ne comprirent pas sa question. Du récit de Sam, Frodo finit par déduire qu’ils n’avaient rien vu, hormis les formes sombres et indécises avançant vers eux. Soudain, Sam avait constaté avec horreur que son maître avait disparu ; et à ce moment, une ombre noire s’était précipitée et l’avait fait tomber. Il avait entendu la voix de Frodo, mais elle semblait venir de très loin ou sortir de terre, criant des mots étranges. Ils n’avaient vu rien d’autre, avant de trébucher sur le corps de Frodo étendu dans l’herbe à plat ventre, comme mort, son épée sous lui. L’Arpenteur leur avait demandé de l’allonger près du feu ; puis il s’était volatilisé, il y avait un bon moment de cela.

Sam, à l’évidence, recommençait à avoir des doutes à son sujet ; mais l’Arpenteur revint pendant qu’ils discutaient, surgissant soudain de l’ombre. Les hobbits sursautèrent ; Sam tira son épée et se tint au-dessus de Frodo, mais l’Arpenteur s’agenouilla prestement à ses côtés.

« Je ne suis pas un Cavalier Noir, Sam, dit-il doucement, ni un de leurs alliés. J’ai cherché quelque signe qui m’aurait renseigné sur leurs allées et venues, mais je n’ai rien trouvé. Je ne comprends pas pour quelle raison ils sont partis, ni pourquoi ils ne reviennent pas à la charge. Mais je n’ai senti leur présence nulle part dans les environs. »

Lorsqu’il entendit le récit de Frodo, il parut gravement inquiet ; et il soupira, secouant la tête. Puis il dit à Pippin et Merry de faire chauffer toute l’eau que pouvaient contenir leurs petites bouilloires, afin de laver la blessure. « Ne laissez pas le feu descendre, et gardez Frodo au chaud ! » dit-il. Puis, se levant, il s’éloigna et appela Sam auprès de lui. « Maintenant, je comprends un peu mieux les choses, dit-il à voix basse. Il semble que seulement cinq de nos adversaires aient été présents. J’ignore pourquoi ils n’étaient pas tous là ; à mon avis, ils s’attendaient à ne rencontrer aucune résistance. Ils se sont retirés pour l’instant, mais je crains qu’ils ne soient pas bien loin. Ils reviendront une autre nuit, si nous ne pouvons nous échapper. Ils se contentent d’attendre, car ils se croient tout près du but et considèrent que l’Anneau ne pourra fuir beaucoup plus longtemps. Sam, dit-il enfin, j’ai peur qu’ils ne croient votre maître affligé d’une blessure mortelle, une blessure qui le soumettra à leur volonté. Nous verrons bien ! »

Sam fut étranglé de sanglots. « Ne désespérez pas ! dit l’Arpenteur. Vous devez me faire confiance, à présent. Votre Frodo est d’une plus forte trempe que je ne l’avais supposé, bien que Gandalf ait laissé entendre qu’il pourrait en être ainsi. Il n’est pas mort, et je pense qu’il saura résister au pouvoir maléfique de la blessure plus longtemps que ses ennemis ne le croient. Je ferai tout mon possible pour l’aider et pour le guérir. Gardez-le bien pendant mon absence ! » Il partit en hâte et se fondit de nouveau dans les ténèbres.

Frodo somnolait, malgré une douleur de plus en plus vive et un froid mortel qui lui glaçait l’épaule et se répandait dans son bras et dans son côté. Ses amis le veillaient, le réchauffaient et lavaient sa blessure. La nuit passa, lente et éprouvante. Le jour commençait à poindre, et le vallon se remplissait de lumière grise quand l’Arpenteur revint enfin.

« Regardez ! » s’écria-t-il ; et se baissant, il ramassa une cape noire qui était restée là, sous le couvert des ténèbres. À un pied de l’ourlet inférieur, il y avait une entaille. « C’est le coup porté par l’épée de Frodo, dit-il. Le seul tort qu’elle ait causé à son ennemi, j’en ai peur ; car il est indemne, mais toute lame périt qui perce ce terrible Roi. Le nom d’Elbereth lui aura été plus mortel.

« Et plus mortel pour Frodo fut ceci ! » Il se pencha de nouveau et ramassa un long poignard effilé. Une froide lueur en émanait. L’Arpenteur le souleva, et ils virent que le bout de la lame était dentelé et que la pointe était cassée. Mais comme il le tenait dans la lumière grandissante, ils écarquillèrent des yeux stupéfaits, car la lame parut fondre, et elle partit en fumée, ne laissant que le manche dans la main de l’Arpenteur. « Hélas ! s’écria-t-il. C’est ce poignard maudit qui a causé la blessure. Rares sont ceux qui, de nos jours, ont un don de guérison capable de rivaliser avec de telles armes. Mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir. »

Il s’assit par terre, et, déposant le manche de la dague sur ses genoux, il se pencha sur celui-ci et chanta une lente mélopée en une langue étrange. Puis, le mettant de côté, il se tourna vers Frodo et, d’une voix douce, prononça des mots que les autres ne purent saisir. De la bourse qu’il gardait à sa ceinture, il sortit les longues feuilles d’une plante.

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