« Mes amis, dit-il, voici le hobbit, Frodo fils de Drogo. Rares sont ceux qui ont gagné cette vallée dans un péril plus grand ou avec une mission plus urgente. »

Il désigna alors les personnes que Frodo n’avait pas encore rencontrées et les lui présenta. À côté de Glóin était assis un nain plus jeune : son fils Gimli. Près de Glorfindel se trouvaient plusieurs autres conseillers de la maisonnée d’Elrond, dont Erestor était le plus éminent ; et auprès de lui était Galdor, un Elfe des Havres Gris délégué par Círdan le Constructeur de Navires. Il y avait aussi un Elfe d’allure étrange, vêtu de vert et de marron, Legolas, messager de son père Thranduil, le Roi des Elfes du nord de Grand’Peur. Et assis un peu à l’écart se trouvait un homme de haute stature, beau de visage et noble de traits, les cheveux bruns et les yeux gris, le regard fier et sévère.

Il portait une cape et des bottes, comme pour un long périple à cheval ; et bien que ses vêtements fussent somptueux et sa cape bordée de fourrure, ils étaient fort salis par le voyage. Il avait au cou un cercle d’argent dans lequel était sertie une unique pierre blanche ; sa chevelure lui tombait aux épaules. Il portait, suspendu à son baudrier, un grand cor à embouchure d’argent qui reposait sur ses genoux. Il posa sur Bilbo et Frodo un regard soudainement ébahi.

« Voici Boromir, dit Elrond, se tournant alors vers Gandalf. Un homme du Sud. Il est arrivé au gris de l’aurore, et il vient chercher conseil. Je l’ai prié de se joindre à nous, car il trouvera ici réponse à ses questions. »

Il n’est nul besoin de rapporter tout ce qui fut évoqué et débattu au Conseil. On parla longuement des événements du monde extérieur, en particulier dans le Sud, et dans les vastes terres à l’est des Montagnes. Frodo avait déjà entendu bien des rumeurs à ce sujet ; mais le récit de Glóin lui était entièrement nouveau, et il écouta attentivement tout ce que le nain avait à dire. Il apparaissait que, malgré la splendeur des œuvres qu’ils menaient à bien, les cœurs des Nains de la Montagne Solitaire étaient profondément troublés.

« Il y a de cela maintes années, dit Glóin, qu’une ombre d’inquiétude a gagné notre peuple. Nous n’en perçûmes pas d’emblée la provenance. Des murmures commencèrent à s’élever en secret, disant que nous étions pris à l’étroit, que de plus grandes splendeurs et richesses nous attendaient dans un monde plus vaste. D’aucuns parlaient de la Moria, le grand-œuvre de nos pères que l’on nomme dans notre langue Khazad-dûm, et ils professaient que nous avions enfin la force et le nombre requis pour y retourner. »

Glóin soupira. « Ah ! La Moria ! Merveille du monde septentrional ! Trop profond y avons-nous creusé, éveillant la terreur sans nom. Ses vastes palais sont longtemps restés vides depuis que les enfants de Durin ont fui. Mais voilà que nous en parlions de nouveau avec concupiscence, et aussi avec effroi ; car aucun nain n’a osé passer les portes de Khazad-dûm de la vie de maints rois, Thrór excepté, et il a péri. Mais enfin, Balin prêta l’oreille aux murmures et résolut de s’y rendre ; et quoique Dáin ne le lui permît pas de son plein gré, il emmena avec lui Ori et Óin, ainsi que bon nombre des nôtres, et ils partirent vers le sud.

« Cela se passait il y a près de trente ans. Nous reçûmes un temps des nouvelles, et elles parurent bonnes : des messages nous signalant qu’on était entré en Moria et qu’un grand ouvrage y était entrepris. Ensuite, ce fut le silence, et aucune nouvelle n’est venue de la Moria depuis.

« Puis, il y a environ un an, un messager se présenta à Dáin – non de la Moria, mais du Mordor : un cavalier surgi dans la nuit, appelant Dáin aux portes de son palais. Le seigneur Sauron le Grand, comme il le dit, souhaitait notre amitié. Afin d’en disposer, il offrirait des anneaux, ainsi qu’il en avait offert jadis. Et l’envoyé s’enquit instamment au sujet des hobbits : de quel genre ils étaient, et où ils habitaient. “Car Sauron sait”, dit-il, “que l’un d’entre eux vous était connu, il fut un temps.”

« À ces mots, nous fûmes grandement troublés, et nous ne fîmes aucune réponse. Alors il baissa sa voix maudite ; et il l’eût rendue plus mielleuse s’il en avait été capable. “En témoignage de votre amitié, Sauron ne demande de vous que ceci”, dit-il : “que vous trouviez ce voleur” – ce fut le mot qu’il employa – “et que vous lui preniez, de gré ou de force, un petit anneau, le moindre des anneaux, qu’il a volé autrefois. Il ne s’agit que d’un colifichet dont Sauron s’est entiché – tout au plus un gage de votre bonne volonté. Trouvez-le, et trois des anneaux que possédaient les aïeux des Nains au temps jadis vous seront rendus, et le royaume de Moria sera pour toujours entre vos mains. Trouvez seulement des nouvelles du voleur, s’il vit encore et à quel endroit, et vous aurez droit à une récompense considérable, de même qu’à l’amitié indéfectible du Seigneur. Refusez, et les circonstances ne paraîtront pas si favorables. Refusez-vous ?”

Перейти на страницу:

Поиск

Книга жанров

Все книги серии Le Seigneur des Anneaux

Похожие книги