Fanuilos, le linnathon

nef aear, sí nef aearon !

Frodo s’arrêta un moment et se retourna. Il vit Elrond dans son fauteuil : le feu jouait sur son visage comme le soleil d’été sur les feuilles. La dame Arwen se trouvait assise près de lui. À sa grande surprise, Frodo vit qu’Aragorn se tenait à côté d’elle : sa cape sombre rejetée en arrière, il semblait vêtu de mailles elfiques, et une étoile brillait sur sa poitrine. Ils se parlaient ; puis tout à coup, Frodo crut voir Arwen se tourner vers lui, et l’éclat de ses yeux tomba sur lui de loin et lui perça le cœur.

Il resta saisi d’enchantement, tandis que ruisselaient les douces syllabes du chant elfique, perles de mots et de musique entremêlés. « C’est un hymne à Elbereth, dit Bilbo. Ils chanteront cela, et bien d’autres chants du Royaume Béni, plusieurs fois ce soir. Viens ! »

Il conduisit Frodo à la petite chambre où il logeait. Elle donnait sur les jardins et regardait au sud par-delà le ravin de la Bruinen. Là, ils s’assirent quelque temps près de la fenêtre, contemplant les étoiles lumineuses au-dessus des escarpements boisés, et s’entretenant à voix basse. Ils ne parlaient plus des menues nouvelles du lointain Comté, ni des ombres et des périls noirs qui les entouraient, mais des belles choses qu’ils avaient vues ensemble dans le monde : les Elfes, les étoiles, les arbres, et le doux déclin de la brillante année au fond des bois.

Enfin, on cogna à la porte. « Vous m’excuserez, dit Sam, passant la tête dans l’entrebâillement, mais je me demandais seulement si vous aviez besoin de quelque chose avant de dormir. »

« Et vous nous excuserez de même, Sam Gamgie, répondit Bilbo. Je suppose qu’il est temps que votre maître aille se coucher ; c’est ce que vous êtes venu nous dire ? »

« Eh bien, m’sieur, il y a un Conseil tôt demain matin, à ce que j’entends, et c’était la première fois qu’il se levait aujourd’hui. »

« Tu as bien raison, Sam ! dit Bilbo en riant. Va donc dire à Gandalf qu’il est parti se coucher. Bonne nuit, Frodo ! Bon sang, que je suis content de t’avoir revu ! Il n’y a finalement qu’entre hobbits qu’on peut avoir une vraie bonne discussion. Je me fais très vieux, et je commençais à me demander si je vivrais assez longtemps pour voir tes chapitres de notre histoire. Bonne nuit ! Je vais aller me promener, je pense, et admirer les étoiles d’Elbereth dans le jardin. Dors bien ! »

2Le Conseil d’Elrond

Frodo se réveilla tôt le lendemain, revigoré et en pleine forme. Marchant le long des terrasses qui dominaient la tumultueuse Bruinen, il regarda le soleil se lever, pâle et frais, au-dessus des lointaines montagnes, et darder ses rayons obliques à travers un fin voile de brume argentée ; la rosée perlait sur les feuilles jaunes, et tous les buissons étincelaient des réseaux de filandres. Sam marchait à ses côtés sans rien dire, mais humant l’air, et levant de temps à autre un regard impressionné vers les hauteurs de l’Est. La neige était blanche sur les cimes.

À un tournant du sentier, sur un banc taillé à même la pierre, ils trouvèrent Bilbo et Gandalf assis en grande conversation. « Bien le bonjour ! dit Bilbo. Prêt pour le grand conseil ? »

« Je me sens prêt à tout, répondit Frodo. Mais ce qui me plairait par-dessus tout aujourd’hui, c’est d’aller en promenade pour explorer la vallée. J’aimerais monter là-haut, dans ces pinèdes. » Il désigna au loin un endroit, tout en haut du versant nord de Fendeval.

« Vous en aurez peut-être l’occasion un peu plus tard, dit Gandalf. Mais nous ne pouvons rien planifier pour l’instant. Maintes choses sont aujourd’hui à entendre et à décider. »

Soudain, comme ils parlaient, le son clair d’une unique cloche se fit entendre. « C’est le signal nous appelant au Conseil d’Elrond, s’écria Gandalf. Allons, dépêchons ! Bilbo et vous êtes tous deux demandés. »

Frodo et Bilbo suivirent vivement le magicien le long du sentier sinueux qui conduisait à la maison ; Sam, non invité, mais oublié pour le moment, trottait derrière eux.

Gandalf les mena au portique où Frodo avait retrouvé ses amis la veille au soir. La lumière d’un clair matin d’automne inondait à présent la vallée. Un bruissement d’eaux bouillonnantes montait du lit écumeux de la rivière. Des oiseaux chantaient, et une saine paix régnait sur le pays. Dans l’esprit de Frodo, sa dangereuse fuite, et les rumeurs de ténèbres grandissantes dans le monde extérieur, ne semblaient déjà plus qu’un mauvais rêve à demi effacé ; cependant, les visages qui se tournèrent vers eux à leur arrivée étaient graves.

Elrond se trouvait là, et plusieurs autres siégeaient en silence autour de lui. Frodo reconnut Glorfindel et Glóin ; tandis que l’Arpenteur était assis seul dans un coin, ayant de nouveau revêtu ses vieux habits fatigués par le voyage. Elrond invita Frodo à prendre place à côté de lui, puis il le présenta à la compagnie en ces mots :

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