sillonner le ciel sans rivage ;

suivre la Lune et le Soleil

sur un océan de nuages.

Des hauts sommets de Toujoursoir,

parmi les sources murmurantes,

passé le grand Mur de Montagnes

il s’envola, lumière errante.

Se détournant du Bout du Monde

et voulant retrouver sa terre,

il voyagea entre les ombres,

fulgurante étoile insulaire ;

il vogua au-dessus des brumes,

lointaine flamme étincelante,

merveille du matin naissant

sur les eaux grises de Norlande.

Et sur la Terre du Milieu

passant, il entendit les pleurs

des filles et des femmes elfes

aux Jours Anciens, triste douleur.

Mais un destin pesait sur lui :

jusqu’à la chute de la Lune,

sans jamais plus chercher mouillage

sur ces Rivages d’infortune,

toujours en éternel héraut,

voguer sans jamais faire escale

et porter au loin sa lumière,

Flammifer de l’Occidentale.

Le chant cessa. Frodo ouvrit les yeux et vit Bilbo assis sur son tabouret, au milieu d’un cercle d’auditeurs souriant et applaudissant.

« Maintenant, il faudrait nous la refaire », dit un Elfe.

Bilbo se leva et s’inclina. « Je suis flatté, Lindir, dit-il. Mais ce serait trop fatigant de tout répéter. »

« Pas trop fatigant pour vous, répondirent les Elfes en riant. Vous ne vous lassez jamais de réciter vos propres vers, vous le savez bien. Mais vraiment, nous ne saurions répondre à votre question après une seule audition ! »

« Quoi ! s’écria Bilbo. Vous êtes incapable de dire quels passages sont de moi, et lesquels sont du Dúnadan ? »

« Il n’est pas aisé pour nous de faire la différence entre deux mortels », dit l’Elfe.

« Sornettes, Lindir, fit Bilbo avec un grognement. Si vous n’arrivez pas à distinguer entre un Homme et un Hobbit, votre jugement est moins fin que je ne le croyais. Ils diffèrent autant que des pois et des pommes. »

« Peut-être. Les moutons diffèrent sans doute aux yeux d’autres moutons, répondit Lindir avec un rire. Ou aux yeux des bergers. Mais pour nous, les Mortels n’ont jamais été un objet d’étude. Nous avons d’autres préoccupations. »

« Je ne vais pas discuter avec vous, dit Bilbo. J’ai sommeil, après tant de musique et de chants. Je vous laisse deviner, si le cœur vous en dit. »

Il se leva et vint à la rencontre de Frodo. « Voilà, c’est fait, dit-il à voix basse. Ça s’est mieux passé que je ne l’aurais cru. On ne me demande pas souvent une deuxième audition. Qu’est-ce que tu en as pensé ? »

« Je ne vais pas essayer de deviner », dit Frodo avec le sourire.

« Pas la peine, dit Bilbo. En fait, tout était de moi. Sauf qu’Aragorn a insisté pour que j’y mette une pierre verte. Il semblait y tenir. Je ne sais pas pourquoi. Pour le reste, il considérait visiblement que tout cela me dépassait, et il m’a dit que si j’avais le culot de faire des vers sur Eärendil dans la maison d’Elrond, c’était mon affaire. J’imagine qu’il avait raison. »

« Je ne sais pas, dit Frodo. Ça me semblait convenir, mais je ne saurais dire pourquoi. J’étais assoupi quand tu as commencé, et l’histoire semblait continuer mon rêve. Ce n’est que vers la fin que j’ai compris que c’était vraiment toi qui parlais. »

« N’est-ce pas qu’il est difficile de rester éveillé ici ? On finit par s’y habituer, dit Bilbo. Non qu’un hobbit puisse développer autant d’appétit pour la musique et la poésie, et les contes. Les Elfes semblent en raffoler autant que de la nourriture, ou même davantage. Ils vont continuer longtemps comme ça. Que dirais-tu de nous esquiver pour bavarder encore un peu sans être dérangés ? »

« Est-ce permis ? » dit Frodo.

« Bien sûr. Ce sont des réjouissances, rien de bien important. Tu es libre d’aller et venir à ta guise, tant que tu ne fais aucun bruit. »

Se levant, ils passèrent discrètement dans l’ombre et se dirigèrent vers les portes. Sam demeurait assis là, toujours profondément endormi, le sourire aux lèvres. Malgré tout le plaisir que lui procurait la compagnie de Bilbo, Frodo quitta la Salle du Feu avec une pointe de regret. Comme ils passaient le seuil, une voix claire et solitaire s’éleva en chant.

A Elbereth Gilthoniel,

silivren penna míriel

o menel aglar elenath !

Na-chaered palan-díriel

o galadhremmin ennorath,

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