« Certes non ! dit Boromir. Quel chemin prendrons-nous ? Cette arche-ci à l’est ? »

« Peut-être, dit Gandalf. Mais je ne sais pas encore exactement où nous sommes. À moins que je ne me fourvoie complètement, nous devons être au-dessus et au nord des Grandes Portes ; et il pourrait être ardu de trouver le bon chemin pour y descendre. Il est probable que l’arche orientale se révèle la voie à suivre ; mais avant de prendre une décision, nous ferions bien de reconnaître les environs. Allons vers cette lumière qui paraît dans la porte nord. Si nous pouvions trouver une fenêtre, cela aiderait, mais je crains que la lumière n’entre ici que par des puits profonds. »

La Compagnie le suivit sous l’arche nord et se retrouva dans un large corridor. La lueur s’intensifia à mesure qu’ils avançaient, et ils constatèrent qu’elle venait d’une porte sur leur droite. Elle était haute et taillée à angles droits, et le battant de pierre tenait encore sur ses gonds, à demi entrouvert. Derrière se trouvait une grande pièce carrée. Elle était faiblement éclairée, mais pour eux, restés si longtemps dans le noir, elle paraissait luire d’un éclat aveuglant, et ils clignèrent des yeux en entrant.

Leurs pieds soulevèrent une épaisse couche de poussière au sol, trébuchant contre des objets qui jonchaient le pas de la porte et dont ils ne purent tout d’abord discerner les formes. La pièce était éclairée par un large puits, ménagé à bonne hauteur dans le mur du fond, à l’est : il montait en oblique, et, loin au-delà, donnait vue sur un petit carré de ciel bleu. Sa lumière tombait directement sur une table au centre de la pièce : un unique bloc de forme oblongue, d’environ deux pieds de haut, sur lequel reposait une grande dalle de pierre blanche.

« On dirait une tombe », murmura Frodo, et il se pencha en avant avec un curieux pressentiment, afin de l’observer de plus près. Gandalf vint rapidement à son côté. Sur la dalle, des runes étaient profondément gravées :

« Ce sont des Runes de Daeron, comme on s’en servait autrefois en Moria, dit Gandalf. Ici est écrit dans la langue des Hommes et des Nains :

BALIN FILS DE FUNDIN

SEIGNEUR DE MORIA. »

« Il est donc mort, dit Frodo. Je craignais qu’il n’en soit ainsi. » Gimli ramena son capuchon sur son visage.

5Le Pont de Khazad-dûm

La Compagnie de l’Anneau se tenait en silence devant la tombe de Balin. Frodo pensait à Bilbo, à sa longue amitié avec le nain et à la visite de Balin dans le Comté, longtemps auparavant. Dans cette chambre poussiéreuse au creux des montagnes, on eût dit que cela se passait mille ans plus tôt et à l’autre bout du monde.

Enfin, ils se secouèrent et relevèrent la tête ; et ils se mirent à la recherche de quelque indice qui pût les renseigner sur le sort de Balin, ou leur dire ce qu’il était advenu des siens. Il y avait une autre porte, plus petite, à l’autre extrémité de la pièce, sous le puits de jour. Devant chacune des portes, ils pouvaient à présent discerner de nombreux ossements au sol, et parmi ceux-ci, des épées brisées et des fers de haches, de même que des heaumes et des boucliers fendus. Quelques épées étaient de forme recourbée : des cimeterres d’orques aux lames noircies.

Aux quatre murs se voyaient de nombreuses niches taillées à même le roc, dans lesquelles se trouvaient de grands coffres de bois à armature de fer. Tous avaient été éventrés et pillés ; mais non loin du couvercle fracassé de l’un d’eux, gisaient les restes d’un livre. Tailladé, lardé de coups de couteau et partiellement brûlé, il était si souillé de noir et d’autres taches sombres, semblables à du sang séché, qu’il en devenait presque impossible à lire. Gandalf le ramassa avec précaution, mais les feuillets se craquelèrent et cassèrent quand il le déposa sur la dalle. Il l’étudia quelque temps sans mot dire. Debout à ses côtés, Frodo et Gimli purent voir, tandis qu’il tournait délicatement les pages, qu’elles étaient parcourues de maintes écritures différentes, en runes, tant de la Moria que du Val, et çà et là en lettres elfiques.

Enfin Gandalf leva les yeux. « On dirait là une chronique des heurs et malheurs des gens de Balin, dit-il. Je crois qu’elle a débuté dès leur venue au Val de Ruisselombre il y a près de trente ans : les pages portent des chiffres qui semblent se rapporter aux années écoulées depuis leur arrivée. La page du dessus est numérotée un – trois : il en manquerait donc au moins deux pour commencer. Écoutez bien !

Перейти на страницу:

Поиск

Книга жанров

Все книги серии Le Seigneur des Anneaux

Похожие книги