« Creusez donc un trou dans le sol, dit Legolas, si c’est à la mode des gens de votre espèce. Mais vous devrez creuser vite et bien, si vous souhaitez échapper aux Orques. » D’un bond léger, il quitta le sol et attrapa une branche sortant du tronc, loin au-dessus de sa tête. Mais tandis qu’il s’y balançait un moment, une voix surgit de l’ombre des branches au-dessus de lui.

« Daro ! fit-elle d’un ton autoritaire ; et Legolas, de surprise et de peur, se laissa retomber et se plaqua contre l’écorce de l’arbre.

« Pas un geste ! chuchota-t-il aux autres. Ne dites plus rien ! »

Un faible éclat de rire se fit entendre au-dessus de leurs têtes, puis une autre voix claire parla en un parler elfique. Frodo ne comprenait guère ce qu’elle disait, car la langue en usage parmi les Elfes sylvains à l’est des montagnes différait de celle de l’Ouest. Legolas leva la tête et répondit dans la même langue.

« Qui sont-ils, et que disent-ils ? » demanda Merry.

« C’est des Elfes, dit Sam. Vous les entendez pas parler ? »

« Oui, ce sont des Elfes, dit Legolas ; et ils disent que vous respirez si fort qu’ils pourraient vous tirer dans le noir. » Sam se couvrit aussitôt la bouche. « Mais ils disent aussi que vous n’avez rien à craindre. Ils ont remarqué notre présence il y a un bon moment déjà. Ils ont entendu ma voix avant que nous franchissions la Nimrodel, et voyant que j’étais un de leurs parents du Nord, ils nous ont laissé passer ; ensuite ils ont entendu mon chant. À présent, ils me prient de monter avec Frodo ; car ils semblent avoir entendu parler de lui et de notre voyage. Ils demandent aux autres de bien vouloir attendre un peu, et de monter la garde au pied de l’arbre jusqu’à ce qu’ils aient décidé ce qu’ils entendent faire. »

Une échelle descendit d’entre les ombres : elle était faite de cordes gris-argent qui miroitaient dans l’obscurité ; et toute mince qu’elle parût, elle se révéla assez solide pour porter de nombreux hommes. Legolas y monta avec légèreté, et Frodo le suivit lentement ; Sam venait derrière, tentant de maîtriser sa respiration. Les banches du mallorn sortaient du tronc presque à l’horizontale, et s’élevaient tout à coup ; mais non loin de la cime, la tige principale se divisait en une couronne de rameaux au milieu desquels, virent-ils alors, on avait aménagé une plateforme de bois, ou flet, comme on les appelait à cette époque ; les Elfes disaient plutôt un talan. On y accédait par une ouverture ronde pratiquée au centre, à travers laquelle passait l’échelle.

Quand Frodo arriva enfin sur le flet, il trouva Legolas déjà assis avec trois autres Elfes. Ils portaient des vêtements d’un gris ombreux, et ne pouvaient être vus parmi les branches, sauf s’ils se déplaçaient soudainement. Ils se levèrent, et l’un d’entre eux découvrit une petite lanterne qui laissait couler un mince faisceau d’argent. Il la souleva, examinant le visage de Frodo, ensuite celui de Sam. Puis il bloqua de nouveau la lumière et prononça des mots de bienvenue dans sa langue elfique. Frodo lui fit une réponse hésitante.

« Bienvenue ! » dit alors l’Elfe dans la langue commune ; son élocution était lente. « Il est rare que nous employions une langue autre que la nôtre ; car nous vivons désormais au cœur de la forêt et nous évitons les rapports avec d’autres gens, quels qu’ils soient. Même nos propres parents, dans le Nord, sont séparés de nous. Mais il en est encore parmi nous qui vont au-dehors pour recueillir des nouvelles et surveiller nos ennemis, et qui parlent les langues des autres pays. Je suis de ceux-là. Mon nom est Haldir. Mes frères, Rúmil et Orophin, parlent très peu votre langue.

« Mais nous avions eu vent de votre venue, car les messagers d’Elrond sont entrés en Lórien avant de retourner chez eux par l’Escalier de Ruisselombre. Voilà maintes longues années que nous n’avions entendu parler des… hobbits, des demi-hommes, et nous ne savions pas qu’il en restait encore en Terre du Milieu. Vous ne semblez pas bien méchants ! Et comme vous êtes accompagnés d’un Elfe de notre lignage, nous sommes disposés à vous venir en aide, ainsi qu’Elrond l’a demandé ; bien que nous n’ayons pas coutume de conduire des étrangers à travers notre pays. Mais vous devrez rester ici cette nuit. Combien êtes-vous ? »

« Huit, dit Legolas. Moi-même, quatre hobbits ; et deux hommes, dont un, Aragorn, est un Ami des Elfes issu du peuple de l’Occidentale. »

« Le nom d’Aragorn fils d’Arathorn est connu en Lórien, dit Haldir, et il a la faveur de la Dame. Tout est donc bien. Mais vous n’en avez encore nommé que sept. »

« Le huitième est un nain », dit Legolas.

« Un nain ! fit Haldir. Voilà qui n’est pas bien. Nous n’avons plus commerce avec les Nains depuis les Jours Sombres. Ils n’ont pas la permission d’entrer chez nous. Je ne puis l’autoriser à passer. »

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